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2015.04 Pourquoi détruire...lorsqu'on peut reconstruire ?

Nous avons envoyé une lettre à Madame la Juge X et à Messsieurs Y et Z,
Directeurs de Services d'aide et de protection jeunesse
afin qu'ils comprennent les raisons qui ont provoqué la rupture complète
d'une relation mère-enfant : incompréhension, malentendus, colères ... désespoir.


C'est l'histoire de Ludo né d'une mère très jeune et d'un père trop porté sur la dive bouteille. Cette mère jeune et inexpérimentée n'a pas été gâtée par sa vie conjugale : son petit Ludo se mettait contre elle pour la protéger de son père, ivre, lorsqu'il élevait la voix. Quand il décéda dans un infarctus, le placement de Logan était décidé, contre l'avis de sa maman, fragilisée par les années difficiles qu'elle venait de vivre. Elle avait une fille déjà, Audrey, handicapée, déjà placée en institution, il y avait une raison.

Maman était seule pour lutter, et pleurer. Sans tomber dans le mélodrame, il est important de le  rappeler car les services sociaux appelés à « l'aider » faisaient plutôt figure de justiciers. Nous avons manifesté dans cette lettre notre désagréable surprise devant la qualité déplorable des relations qui s'installent (trop souvent) entre les personnes spécialistes de l'enfance et les parents en souffrance, car ce n'est hélas pas la première fois que nous y sommes confrontés. Les conséquences sont cependant monstrueuses surtout chez les enfants !

Ce n'est pas simple pour ces professionnels, il faut en convenir, mais ils sont là pour maintenir les relations familiales en bon état et pour aplanir les difficultés qui surgissent... Or, nous constatons un manque de respect évident dans les relations, et quant à la compréhension et la compassion qui devraient être de mise... bernique !

Evidement, il y a des gens humains et compétents partout et certains Centres d'Accueil aux parents en souffrance ont bonne réputation, mais nos constatations ne sont pas gratuites et il ne s'agit pas de critiquer pour démolir, car il y a des solutions : des formations. Beaucoup de psys et assistants sociaux sont d'ailleurs en demande. Mais tout cela, les magistrats de la jeunesse et nos
politiques nommés à des postes concernant la jeunesse le savent, mieux que moi...

La maman de Ludo n'a pas eu la chance d'être aidée, elle est sortie seule de sa misère. Aujourd'hui, elle est en stage pour aider des enfants et des ados handicapés, elle comprend mieux ce qui lui est arrivé et sa révolte se mue en une forte volonté de faire la lumière et de rétablir la relation très compromise par les Services d'Aide à la Jeunesse. Elle raconte les conversations qu'elle a eues avec son fils... au début de l'intervention du SPJ, avant son placement en famille d'accueil. C'était en rue : « Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas revenir chez toi, on veut me placer et tu n'avais rien fait, les juges et les autres sont des cons.... demande au juge si je peux pas revenir chez toi, j'ai envie de rentrer à la maison, je pleure toutes les nuits pour que tu viennes me chercher, si j'avais su que je ne pouvais plus te voir, j'aurais rien dit..(?).... ». Peu après, lors d'une des  dernières rencontres, en rue : «... la psy a dit que tu étais malade et que tu te soignais, quand est-ce que tu seras guérie ?... »

Par contre, « on » dit à la maman : « Votre fils a fait son deuil de vous ! Il est fermé quant à ses rencontres avec vous, vous n'êtes plus sa mère et il ne veut plus entendre parler de vous, il se bouche les oreilles pour ne plus entendre parler de vous... » - « Je ferai tout ce que je peux pour que Ludo ne revienne pas chez vous, laissez-le vivre dans son havre de paix, il n'a plus rien à faire avec une mère comme vous ... Foutez-lui la paix ! »

Nous ne voulions pas y croire,.. mais d'autres parents tiennent les mêmes propos. Où se situe l'humanité dans ces comportements de professionnels ? Pas de photos, plus de réunions ni de rencontres mère-fils, pas de bulletins d'école. Depuis 2010, plus rien. Pourtant, il y eut des décisions prises pour maintenir la relation mère-fils, mais « on » invoque chaque fois des excuses pour remettre, et remettre à plus tard. Elle a envoyé une carte à son fils « Ta maman qui n'est plus là pour toi ». Ce fut interprété « Tu vois, elle ne veut plus te voir !». Logan lui, avait compris qu'on lui prenait sa mère !

Lors de la dernière réunion, sa mère l'a aperçu, il venait saluer Madame X, déléguée, il est passé comme une fusée près de moi..dit-elle, et personne ne lui a dit « viens saluer ta mère !». Aujourd'hui, elle tient toujours bien bien son ménage, elle n'a pas de dettes et vit avec Eric, un compagnon depuis plusieurs années, « Il me soutient beaucoup et il avait un excellent contact  avec Logan, ils s'aimaient bien !» dit-elle. Sur des photos que nous avons jointes à la lettre à nos  autorités, on peut constater que c'est bien vrai, contrairement à ce qui a été dit. Pourquoi ? 

J'ai rencontré par hasard, à une manifestation à Namur un Monsieur qui connaissait la famille de Logan, il s'appelle Alain Torre et habitait la même rue. Il me raconte son incompréhension devant  la séparation imposée entre Logan et sa mère, c'était un petit garçon très bien élevé qui ne manquait  de rien, il adorait jouer à grimper sur les épaules d'Eric qu'il appelait Capitaine Flamme ! ! - Je n'ai jamais remarqué aucune violence de part ni d'autre, m'expliqua-t-il. Il en est de même de Muriel B.B. Qui assista au mariage de la maman de Logan et de l'A.S. Murielle G. Qui m'a aidée, elle, dans les moments difficiles que je traversais. Sa conclusion est que j'ai subi une énorme erreur judiciaire... Elle m'a aidée pour un problème de stabilité de logement, il
n'a jamais été question de suspicion, de négligence ou de maltraitance ...

Quant à la famille d'accueil censée préparer Ludo à un retour dans sa famille, c'est tout le contraire qui se passe, le sort fait au cadeau que lui a fait sa maman en 2010 en est un exemple : ce kiker qu'il aimait beaucoup, il l'a écrasé sur le seuil de leur maison pour leur démontrer qu'iln'avait plus de mère... ce qui est la version du SPJ et c'est très grave que ce garçon en soit arrivé à devoir leur prouver qu'il n'aime plus sa mère : Toute personne un peu psychologue comprendrait qu'il démontrait bien ainsi ne pas pouvoir leur déplaire !

Que reproche-t-on à la mère de Ludo à part une très mauvaise relation avec les personnes du SPJ ? Devrait-elle se montrer plus docile, plus heureuse d'être séparée de son fils ? Plus calme et insignifiante ? Depuis quand les parents devraient-ils être faits sur mesures ? Dans le but de comprendre ce qui lui arrivait, cette maman a suivi une formation avec succès et  s'occupe de jeunes handicapés, elle aide des enfants dans une école de devoirs aussi...

Je suis convaincue de la difficulté qu'il y a à établir une relation harmonieuse avec des parents en colère, agressifs, en larmes, autoritaires... et qui en veulent à la terre entière !La tentation est forte de répliquer sur le même ton et de faire état du pouvoir de décision qu'on a, ça devient vite une habitude. Résultat, c'est la pagaille et tout le monde s'en plaint... le temps passe, et ce sont les
gosses qui trinquent.

Quitte à me répéter, il y a d'autres façons de faire face à ces parents qui traversent des gros problèmes, quelle qu'en soit la raison : les écouter et les entendre avec diplomatie et psychologie empreintes de respect, de compréhension et de compassion.. ! Et agir dans le bon sens, d'urgence. Non, ce n'est pas un prêche, mais le contenu d'une formation qui serait super bienvenue et bien  nécessaire.

Nous nous sommes même permis d'insister auprès des Instances Supérieures afin de rétablir au plus  tôt la relation mère - fils, vu le temps qui passe et l'âge de Ludo ! Il n'est jamais trop tard pour bien  faire... Me suis-je trompée ? Non, il n'est jamais trop tard... mais il est grand temps.

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Eric Derasse,
12 avr. 2015 à 09:29
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