Dans les séparations,
que deviendront les enfants que l'un des parents dresse contre l'autre?


Nicole nous raconte son histoire, qui nous l'apprendra...

Il y a des lunes que j'espérais rencontrer un de ces adultes ayant vécu l'aliénation parentale, en supposant que le fait était connu, et ce qu'ils sont devenus? Comment ont-ils grandi ?

La réponse arrive en bloc... D'abord, Eric Derasse, analyste attaché à « la Mouette », trouve le livre d'un psychiatre américain qui en parle en long et en large, il s'agit d'Ivan Bôszôrményi-Nagy né le 19 mai 1920 à Budapest et mort le 28 janvier 2007 à Glenside en Pennsylvanie. Il fut connu dès la fin des années cinquante pour son travail dans le domaine de la thérapie familiale et de la psycho-généalogie. Son oeuvre considérable eut un impact qui continue de s'étendre aujourd'hui.

Eric nous en soumet par le biais de notre Blog >lamouettebelgique.be< la narration (développée) par la Veuve du Docteur Nagy qui jette un éclairage intéressant sur cette “aliénation » qui nous intéresse au plus haut point.

Et puis, en février, par un simple coup de fil, arriva la réponse que j'espérais : « Je m'appelle Nicole et j'ai trouvé un article qui vous concerne dans « BIO INFO » écrit par Carine Anselme. J'y ai souligné les phrases dans lesquelles je me retrouvais et finalement tout était souligné. J'ai découpé la page et je l'ai rangée dans un tiroir jusqu'aujourd'hui. Je voudrais vous rencontrer... »

Et Nicole me raconte sa vie d'enfant « abandonnée par sa mère » (du moins c'est ce que son père lui disait), cette mère dont elle fut séparée à l'âge de trois ans et deux mois et qu'elle s'est mise à rechercher après la mort de son père, elle avait cinquante ans.

Un jour, lorsque je fus grand'mère, me raconte Nicole, je regardais ma belle-fille qui allaitait mon petit-fils, avec toute l'émotion que toute grand'mère ressent devant pareil tableau, et tout à coup l'idée m'apparut « moi aussi j'ai une mère, pourquoi suis-je si triste ?... » et je me revoyais toute petite fille heureuse.

Elle a commencé par se faire passer pour une amie de sa maman pour trouver son n° de téléphone et de fil en aiguille, elle a pû lui dire « je t'aime ». C'était à la veille de la fête des mères.

Nicole continue: « Maman avait 80 ans et elle a vécu jusqu'à 95 ans. Elle vient de mourir, je suis allée relire l'article dans BIO INFO et j'ai pris la décision de vous appeler et de prélever sur le petit héritage qu'elle me laisse un don pour permettre à « la Mouette » de continuer à aider les enfants, ceux qui souffrent de la séparation de leurs parents, manipulés contre leur autre parent, comme moi. »

Sur son virement bancaire apparaît un autre prénom « Jeanne ». Je lui demandai si elle avait une soeur « Non, c'est celui de ma mère, je voulais voir mon nom accolé au sien, c'est la première fois. »

Je n'ai pas pû continuer à voir ma mère, pourquoi ? Je ne sais pas. Je lui ai juste écrit : “Notre histoire n'est rien qu'un tissage dont on passe les fils, le nôtre est plein de trous ».

Après un premier constat d'adultère, la procédure judiciaire se mit en route. (Le référé concernant l'adultère date de 1946 et le jugement de divorce suit en 50.)

“J'avais trois ans et deux mois, maman me vêtait de beaux habits en pleurant, me disant que j'allais promener avec papa, à vélo, sans plus d'explications, et sans mon frère.”

"Suite au référé, c'est à l'école que deux gendarmes sont venus me chercher, j'ai longtemps cru que j'étais une criminelle! Ce fut alors la ronde des visites autorisées à ma mère par le Tribunal, un dimanche et un jeudi par mois de 14 à 19h30. Mon père assistait aux visites, je me souviens que je vomissais dans le tram en retournant chez lui.»

« Peu après, il y eut une réconciliation, je me souviens de la scène dans la véranda. Maman voulait ses enfants près d'elle. Elle croyait à cette réconciliation, or...elle a dû se sauver. Mon père m'a éveillée : « Viens, ta maman va se noyer dans le canal », j'avais quatre ans. Je n'ai rien compris. Elle était partie dans la nuit en chemise de nuit et peignoir. C'est là que mon père m'a dit qu'elle m'avait abandonnée”.

Par le jugement du divorce, maman eut la garde de mon frère, quant à moi je fus la fille-objet que l'amie de mon père désirait. Il me l'a présentée « Voici ta nouvelle maman », je lui ai dit « Bonjour, Madame ». Leur liaison n'était pas neuve, loin de là... Toutefois on peut lire dans les « attendu» du jugement: Attendu que nonobstant une réconciliation passagère intervenue ensuite entre les parties, la défenderesse habitait récemment encore avec son complice d'adultère dans une maison sise......ainsi que le démontrent les certificats de domicile de ceux-ci signés le 18 avril 1950 par le Bourgmestre de cette commune et produits par le demandeur; que cette cohabitation hautement injurieuse pour le demandeur fait revivre le fait d'adultère couvert par la réconciliation.

"Je suis devenue l'objet de la bonne conscience que Maria, la compagne de mon père, voulait se donner aux yeux de notre entourage, j'étais toujours récurée comme un sou neuf, emballée de jolies robes, ces robes qui me rappelaient celles que ma mère cousaient elle-même en chantant et qui m'émerveillaient!

Un jour, mon frère fit une crise de méningite et je sais que maman alerta notre père par lettre ...qui fut interceptée par Maria. Elle faisait le vide autour de moi, il ne fallait pas que je revoie ni mon frère ni ma mère.”

Lorsque j'ai retrouvé maman, continue Nicole, elle avait fait un gateau pour me recevoir, plein de crème que je n'aimais pas, j'étais si déçue... me disant qu'elle ne pouvait pas le savoir ! Mon frère est venu lui rendre visite, sur le pas de la porte elle lui dit « Nicole est là », il a juste répondu « Je m'en vais ». A-t-il reporté ses ressentiments sur moi ?

Ma mère me raconta, après nos retrouvailles, qu'elle avait épousé mon père pour la vie, qu'il était bon. Moi, je sais qu'il était imposant et autoritaire, et surtout qu'il a sali ma mère à outrance. C'est curieux, mais je ne l'ai jamais cru.

Un jour, Maria qui n'avait plus toute sa tête me regardait et elle dit « Mon Dieu, comme tu as dû souffrir ! ». Elle ne saura jamais à quel point.

Ndlr : la souffrance morale de “Nicole” se traduit par de violentes douleurs dont on trouve difficilement les causes et l'origine, et pour cause ! !Aujourd'hui des chercheurs essaient (et apparemment trouvent) une correspondance entre cause et effet, et cette “trouvaille” intéresse énormément de médecins. Ce témoignage sera suivi d'autres, car n'est-il pas un lourd élément à ajouter aux dossiers de nos propres enfants “victimes” de séparations de leurs parents ? N'est-il pas aussi un sérieux avertissement ? Ne conforte-t-il pas l'autre sérieux avertissement qu'est “le modèle de Cochem” prôné par le Juge RUDOLf ? *

* voir dans la rubrique des conférences “Le modèle de Cochem”.
Comments