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Le roman de Renardine



Le Roman de Renardine

Merci à Marc Kiavel, adorable grand'père,pour ce récit qu'il nous confie, dans lequel il a mis tant de délicatesse et ... de tendresse.

LE ROMAN DE RENARDINE ET DU PROCES DE SES GRANDS-PARENTS

Par Marc KIAVEL

Toute ressemblance entre ce récit et des faits réels actuels ou antérieurs impliquant des animaux encore en vie ou décédés, ou même morts-vivants n’est pas forcément le fruit du hasard.

Préalablement à l’édition, après avoir lu et approuvé ce résumé de notre passé que nous avons fait, Monsieur de Riton a bien voulu le signer.

Gaspard dit « Petit Loup »

PREFACE

Pseudo Préface de VAN HELSING (Maître chasseur de morts-vivants)

« Des morts-vivants il faut vous préserver.

Au besoin vous en écarter.

Et si vous ne le pouvez,

Tachez de leur donner le repos pour l’éternité ».

Parfois dans le milieu familial

Certain méfait tient lieu du fait banal

Quand certaines atrocités semblent appartenir à la fiction,

Le narrateur traumatisé qui devant nous, croit s’en confier,

Se tourne lui-même en dérision.

La brute qu’il s’efforce d’évoquer

Est bien souvent le monstre réincarné.

Folie que de s’adresser à l’homme moyen, au tout venant.

Qu’il s’adresse plutôt à un chevalier blanc.

A celui qui courageusement a fait vœu de les traquer

Ces bourreaux d’enfants, parents dénaturés.

L’ennemi c’est en effet un vampire, le patriarcal Nosferatu

Celui devant qui, soit on expire, soit on devient loup

Mordant pour lui, sous son emprise

Sus aux vampires et aux vamps, aux narcissiques pervers,

A ceux qui dans nos maisons sévissent

C’est aussi contre eux qu’il faut porter le fer

Sus donc aux pervers narcissiques,

Tel qu’en politique pour nos vertus démocratiques,

nous nourrissons un feu d’enfer

Les bestiaires c’est comme les dessins animés, ils conviennent si bien pour illustrer

la perpétuelle férocité de ces macabres entités.

*** *** *** *** ***

A NADIA.

Je dédie ce « ROMAN DE RENARDINE » sorte de bestiaire pamphlétaire, à ceux qui doivent ou qui devraient stigmatiser et combattre dans le (leur) milieu familial les monstres, les psychopathes, ceux que les psychanalistes et les psychiatres appellent maintenant les « vampires domestiques ».



L’un de ces thérapeutes, Gérard LOPEZ, a décodé de façon magistrale le mythe sur l’emprise, la manipulation et le totalitarisme : « DRACULA » de Bram STOCKER. Avec ces deux auteurs on a toute la lumière voulue sur les mécanismes de la prolifération du mal qui entrave l’humanité dans ses aspirations au progrès, au bonheur, et à l’accomplissement. Entraves qui concernent autant l’individu et la famille que la société.

Ceux à qui il revient de reconnaître et de combattre le crime et la délinquance, ils font bien d’être attentifs AU MAL FAMILIAL (nouveaux visages, nouvelle acuité, nouvelles techniques de dissimulation et nouveaux terreaux).

Qu’ils soient prompts à prendre langue vis-à-vis de nos législateurs car la société ne s’est pas encore donné des codes décisifs contre tout un volet de perversités, du fait que celles-ci ne peuvent être dénoncées avec la force voulue.

Que vaut en effet, la voix de l’enfant ? L’enfant a-t-il quelque chance de constater qu’il n’obtient pas son dû et de s’en exprimer ? Si le constat de l’insuffisance de place entre ses parents n’est pas de son ressort, sur qui faudra-t-il compter pour réagir ?

La répression enfantine est un mal qui facilement sévit et prospère à travers des lignées de pères totalitaristes. Ils ont le réflexe de se choisir une conjointe facile à dépersonnaliser et sont routiniers à dissimuler leur comportement à tout public extra-familial.

L’abus de pouvoir sur leurs enfants leur tient lieu de nirvana. Il y a intériorisation chez l’enfant et continuation de ces comportements lorsque la progéniture maltraitée n’a pas su s’identifier en tant que victime, c’est-à-dire lorsque nul ne s’est porté contre les atteintes des géniteurs. Souvent par désintérêt pour l’être faible et sans pouvoir, donc inintéressant qu’est le jeune enfant. D’autant plus qu’il peut-être muet.

« LE ROMAN DE RENARDINE ET DU PROCES DE SES GRANDS-PARENTS »

Il était une fois une petite renarde, une jolie petite gamine. On l’avait baptisée Renardine mais à l’école, les enfants l’appelaient « Sale Mine » ! La raison en était son minois, toujours barbouillé, le plus souvent de boue séchée.

Les parents de Sale Mine vivaient à la Renardière, une ferme fortifiée, une sorte de petit château, protégé par de profonds fossés.

Le père de cette enfant n’était rien de moins que le Comte Gaspard.

On disait qu’un ancêtre à lui, un dénommé Raton avait participé autrefois, aux côtés d’un grand loup, le fameux Euzengrien, son oncle par alliance, à l’un de ces terribles combats de libération que la gent animale des forêts séculaires avait dû mener contre une armée d’humains.

Ceux-ci, un peuple de chasseurs des plaines voisines, avait prétendu éradiquer toute la faune libre des bois. Le mérite de la victoire des animaux sauvages en était revenu à un courageux lion qui s’était mis à la tête des troupes de toutes les espèces coalisées. Il avait forcé l’ennemi à prendre la fuite. Avec l’ardeur au combat qu’il sut inspirer, ce fut une réussite.

S’étant après cela proclamé roi des animaux, sous le nom de Lio PRIMO, il s’était d’abord occupé avec les humains, de trouver pour la paix le meilleur chemin. Ce fut possible car chez eux, le parti des écologistes avait progressé le mieux.

Puis, il lui fallut récompenser ceux qui l’avaient bien secondé, ses meilleurs lieutenants, ceux qui au combat s’étaient mis devant. Il donna à certains des pouvoirs, à d’autres la gouvernance de territoires.

Le monarque léonin nomma duc l’intrépide Euzengrien et le plaça à la tête des terres du Grondin.

Il n’y eut pour ce dernier rien de plus pressé que d’aller intercéder auprès du preux lion pour faire adouber son filleul, Raton. Le Roi, de guerre lasse voulut bien que cela se fasse. Mais cela fit des envieux car de ce renard miteux personne ne pouvait se remémorer quoi que ce soit dont il aurait pu se vanter. Il y eut bien quelqu’un pour témoigner que l’oncle l’avait utilisé pour l’astiquage de son épée.

Le renard reçut donc une vallée qui à vrai dire n’était pas un comté, mais c’est le titre de comte qu’il se fit donner par toute la faune de la contrée.

Il troqua sa tanière contre cette ferme qu’il dénomma « La Renardière ».

Le Roi voulut qu’on changeât son nom car il ne seyait pas qu’un ennobli s’appelât Raton, étant un descendant des Vulpès. Il devint donc le Comte de Riton.

Le plus bel exploit du nouveau Roi fut de doter le monde des bois du régime démocratique, le soulageant de sa domination monarchique.

Il ne fit plus qu’ambitionner de promouvoir et d’incarner toutes les vertus. Et c’est à la bonté qu’il accorda la priorité.

L’actuel souverain, arrière petit-fils de Lio l’Ancien fut tout autant que ce dernier aimé et honoré. Pour les hommes au service de l’état ce n’était pas toujours lui qui en faisait le choix, c’était les citoyens. Sauf pour la Justice. Surtout pour son doyen.

A ce qui lui paraissait, c’est l’actuel duc de Grondin qui le mieux convenait, pour les affaires courantes tout au moins.

Quant au descendant des Comtes de Riton, Gaspard, on ne sait trop pourquoi le présent suzerain lui battait froid. Peut-être celui-ci n’avait pas eu de celui-là des réponses satisfaisantes sur les causes de sa prospérité galopante. Celui-la étalait trop son or, se distinguant dans le décor trop excessivement.

Aujoud’hui, le père de Renardine affichait certes une autre bobine que celle qu’autrefois avait trimbalé le premier de sa lignée. On le disait d’une telle beauté qu’il n’y avait de miroirs assez pour qu’il y puisse s’y refléter.

Il avait passé ces derniers mois beaucoup de temps à se préparer pour une fête que donnait chaque année leur bon Roi : la fête des enfants.

La femme de Gaspard, Huskine, était la fille de Nanard et de Didine. C’est la petite Renardine qui avait trouvé pour ses grands-parents maternels les si doux sobriquets.

D’origine renarde pas trop branchée, ces deux-là tenaient du chien-loup pour moitié…

Huskine admirait sans réserve son mari mais elle avait trouvé d’abord inconvenant q’il s’exhibe devant le Roi, à la fête des enfants. Elle avait après quatre années d’inutiles discussions renoncé à lui expliquer une telle inadéquation.

En fait, la seule circonstance où Gaspard se sentait excellent c’était dans le jeu de l’avion. Cela consistait à tenir sa fille par le bout de la queue puis à tourner sur lui-même entraînant l’enfant dans un périlleux tourbillon. Il donnait régulièrement à sa femme le spectacle de ce jeu, disant « Vois si je suis beau, vois si je suis fort ». Si la queue de la gamine se tendait douloureusement, cette enfant savait s’efforcer de donner à son papa et à sa maman tous les gages d’un grand amusement. Elle riait avec eux. Et apparemment joyeuse, gigotait des quatre pattes. Maintenant qu’elle s’épanouissait, approchant ses neuf ans, n’arrivait-t-il pas de plus en plus souvent, et même presque à chaque fois, que ce grand renard pourtant si puissant ouvrait sa main prématurément lâchant en plein vol Renardine qui le nez par devant se prenait un brutal atterrissage dans la boue de la cour du château familial, comme par accident.

C’est à cause des permanentes maculations à son museau que les élèves de sa classe s’étaient mis à troquer le beau nom de Renardine contre celui de Sale Mine.

Huskine ne voyait aucun mal à ce que Gaspard affine son adresse dans un amusement qui avait selon eux trois mérites : c’était tout d’abord le sport pratiqué traditionnellement par des ethnies de canidés, les renards et les apparentés, les hyènes. Ensuite, c’était pour les adultes, pères, grand-pères et même les arrières grand-parents une mise à l’honneur des patriarcales fiertés. Enfin, cela faisait perdre à tout coup aux enfants leur superbe s’ils étaient trop grandiloquents.

Les parents d’ Huskine n’avaient ni titres de noblesse, ni propriétés domaniales. Ils formaient seulement pour Renardine une joyeuse société où les vertus de gentillesse et de bonté présidaient toute forme d’activité.

Certains ancêtres de Nanard et de Didine passaient pour avoir frayé avec des chiens et donc d’avoir pu côtoyer les humains. De là, certains rites que l’on disait magiques et que pratiquaient encore les grands-parents, dont celui de transformer des instincts mordants en besoin de faire le bien.

Renardine apprit chez eux qu’en faisant preuve de gentillesse elle recueillait plus d’admiration que par sa joliesse. L’un n’empêchant pas l’autre, sa Didine bonne fée, lui fit un enchantement dont elle avait le secret : Quand la petite fille prononçait des paroles de bonté, celles qui viennent du fond du cœur, il sortait de ses babines des roses et des perles. Et de ces ornements il lui était permis de se parer.

Pouvait-elle savoir que son père en prendrait quelqu’ombrage ?

Il lui arriva une fois, un jour de très bonne disposition, qu’il sortit de sa bouche tant de fleurs et de bijoux qu’elle s’en fit une parure. Equipée de ces atours elle rejoignit ses parents. Le père se fâcha. Il rappela en les martelant les règles de son clan : tout ornement ne pouvait être que le témoignage d’un mérite, mais seulement d’un de ceux dont au sein de la lignée des renards on pouvait aspirer. «De ceci » dit-il et il montra péremptoirement sa poitrine. Là où brillait la croix de guerre gagnée, soi-disant par son ancêtre à cette fameuse guerre de libération. « Voilà ajouta-t-il ce qu’on appelle une légitime décoration ». « Avec ta grand-mère, vous faites jaillir des perles, des roses et des colifichets que je t’interdis de porter car ils ne témoignent en rien de ce que chez nous les canidés, ou chez les félins, on aime à se glorifier. La bonté n’est pas chez nous précieuse vertu ! ». Il rassembla les bijoux et d’un air dégoûté les projeta au fond du fossé.

Ces cruautés avaient eu pour témoins Nanard et Didine. Le plus dur pour ces animaux, un rien plus civilisés, fut de voir leur propre fille approuver, tandis qu’à leur sens elle aurait dû s’interposer pour adoucir le sort de l’enfant.

Il leur apparaissait qu’entre les lois de leur lignée et celle du clan de Gaspard se creusait un fossé encore plus grand que celui qui entourait la Renardière. Ce lieu où avait grandi Gaspard, de ses parents, ses frères cadets, ses oncles et neveux tous responsables d’enfants. Et parmi ces gosses, plus de la moitié allaient boitillant ou se tenant la tête ou portant des pansements.

Lorsque vint le jour de la fête des enfants, tous les petits étaient présents. Pas un seul parent non plus ne manquait car l’ordonnance de Lio le Quatrième était formelle : Pour faire honneur aux enfants il voulait autour de lui la totalité de ses gens. Il les fit placer de part et d’autre, à ses côtés, et en fonction de leur rang.

Il y eut toutefois un changement : d’abord les manants, et plus loin les chevaliers servants. Devant le trône on avait mis la grande estrade. Les cadets du royaume allaient montrer leurs talents et habilités. Ils témoigneraient ainsi de leur bonne santé. On allait sentir comme chaque année l’amour que les enfants vouaient à leur bon Roi. Ces spectacles, en principe de qualité, devaient en témoigner. D’autre part on pouvait compter sur le monarque pour qu’à chaque prestation il applaudisse, avec une égale application.

La fête alla bon train. Diverses saynètes furent fort réussies. Par exemple, celle des enfants d’Antonin le lapin, pourtant simple citoyen. Ses enfants nombreux avaient exécuté divers ballets où l’on y figurait les haut faits des Royales Majestés, celles actuelles et celles du passé.

Il y eut aussi fort prisé, un duo de hurlements que les fils et les filles de la Maison des Ducs de Grondin avaient poussé à l’unisson le célèbre chant des loups.

Vint le moment où Gaspard quittant sa place d’entre les parents s’avança majestueusement et comme chaque année, saisissant sa fille par la queue, la fit d’abord pendre, puis tournoyer. C’était, comme chaque année pour nombre de spectateurs, un bien mauvais moment à passer. Sauf que cette année, surprise totale, une variante avait été apportée, mais dont le père n’ était pas informé.

Sale Mine – Renardine prononça en tournoyant à l’attention du Roi, un chapelet de compliments. Avec l’aide de ses grands-parents, elle les avait composés, les avait mémorisés et puis répétés. Elle sut sortir du fond de son cœur des mots d’ admiration envers son Roi. C’était si sincère que de son museau sortirent les perles et les roses, les émeraudes et les myosotis…

Une rumeur d’ émotion courut dans la foule et s’amplifia. Mais pour Gaspard ce fut l’effroi, ce n’était plus lui qui recueillait gloire et félicitations. Sa fille rabaissait traîtreusement le niveau de sa prestation. Il la lâcha tel qu’on fait quand vous a mordu une proie. Son air blessé fit s’éteindre l’enthousiasme de l’assistance qui se mua en brouhaha désordonné. Renardine cette fois ne se reçut pas sur le nez. Par magie Didine fit se multiplier au sol les fleurs qui, à temps, offrirent à l’enfant un terrain d’atterrissage moelleux.

Ce spectacle de l’expectoration des pierres précieuses éclaira les gens sur un certain nombre de vérités.

D’abord, et directement, celle de la réalité des sentiments d’une petite fille envers la royauté.

On découvrait surtout qu’avec un rien de magie, à peine des artifices de pacotille, c’était comme un voile que l’on soulevait mettant à jour des conceptions d’éducation depuis longtemps exécrées et condamnées. C’est que tous les mâles d’une tribu de renards s’étaient ici donné des règles de non respect de l’enfance et qu’unanimement des parents s’entendaient à s’auto-justifier.

Par ailleurs, les plus irréductibles défendeurs de l’autoritarisme parental, et ils n’étaient pas peu nombreux, firent s’élever des protestations. Cela partit du coin des hyènes et des renards et de la moitié du camp des loups. De concert, avec Riton, on accusa Nanard et Didine de s’être sournoisement arrangés pour dévoyer leur petite-fille de la destinée honorable et brillante des carnassiers. Il se trouva là spontanément quatre hyènes qui firent harangue devant le Roi contre ces défenseurs des vertus de bonté et de douceur, mais on sut plus tard que chacune avait pu se féliciter d’être entrée dans de sordides complicités avec les de Riton. Chacune de ces morbides créatures eut à s’essayer à d’accablants bavardages contre les grands-parents. Sa Majesté imperturbable, face aux débats de société, s’efforçait toujours de rester coi. Il ne lui appartenait pas de rendre la justice et encore moins de légiférer, car pour cela il y avait d’une part des juges et d’autre part des assemblées.

« N’est-ce pas à toi de porter jugement ? » fit-il à l’adresse du loup Gontrand de Grondin qui s’était pris à oublier ses fonctions. Celui-ci se rengorgea. Oui, juger, c’était de fait son métier. C’est lui qui mènerait les débats et après les plaidoiries, il rappellerait les lois. Il mit d’abord un temps infini pour convenir de la partie victimisée. Il s’orienta d’abord vers la personne qu’il disait lésée, soit son neveu Gaspard, mais c’est le Roi qui, agitant la barbe sous son menton, indiqua la fillette, celle-ci que son père avait laissé s’écraser.

Pour tenter encore de faire partie belle à son neveu, Gontrand rappela à la barre des témoins les quatre hyènes calomniatrices.

La première, psychologue de son état, assura que psychiquement l’enfant était en bonne santé. « Renardine, dit-elle, s’enorgueillit d’être pour sa famille un vecteur de fierté, même quand ses grands-parents, ces renards bâtardés ont tout fait pour la guider dans des exécutions non-protocolaires du jeu de l’avion, strictement réglementé pourtant. En s’attaquant à des traditions et autant dire à la culture des canidés, le tort de ces faux renards ne pourra être pardonné.

« D’ailleurs, dit la seconde hyène, une chirurgienne ayant vu en consultation Renardine, j’atteste que nulle trace de fracture ancienne n’est visible sur les membres de l’enfant, ni de plaie à la gorge, ni au thorax. Pour peu, sa Didine l’aurait forcée à croire qu’en guise de bonne éducation, on n’avait pas à imposer aux enfants le jeu de l’avion. Quant aux atterrissages de fortune qu’on lui avait fait expérimenter, elle n’en avait gardé que quelques souvenirs prolongés. « Etonnez-vous braves gens, termina-t-elle, que Renardine se dise maintenant manipulée par les parents de sa maman ».

La troisième hyène fut plus brève. Etant politicienne, elle tenta de faire placer les débats sur le plan des lois. « On a des règles sur la famille, dit-elle, ou on n’en a pas ! » Tant qu’on n’a pas légiféré, sur le sort des enfants. De qui est-ce l’affaire, sinon de leurs propriétaires ? Autrement dit des parents. Il reste donc aux grands-parents de renoncer à se les approprier.

La quatrième hyène, c’était l’avocate. Elle applaudissait, claquait des mains chaque fois que ses amis s’arrêtaient de parler. Puis, vite, elle consignait avec célérité tous les propos qu’elle engrangeait et qu’elle tenait pour vérité.

« Ce sont là les meilleurs témoignages », dit-elle à l’attention du juge de Grondin.

Le Roi releva les cils : « Tu es au pied du mur » souffla-t-il au magistrat. Et il continua de la sorte… « Avec sa récitation, ses fleurs et ses perles, la petite Renardine m’a fait grande impression. Je t’en voudrais si elle et ses grands-parents maternels n’en soient pas récompensés, et qu’elle soit empêchée de continuer à m’honorer. Rappelle toi, arrière petit-fils d’Euzengrien, l’un de ces vers de l’écrivain : « La raison du plus fort est celle que l’on préfère ». Tu découvres donc mes raisons dans cette affaire. Ajoutes-y celles de la plus faible, celle de Sale Mine. Et gare à celui qui fera qu’à l’avenir on l’appelle autrement que Renardine ».

Malgré cet aparté avec le Roi, les pensées du juge duc de Grondin n’avaient guère évolué. Il mit trop de temps pour se reprendre et ses pensées restèrent figées. Pour son neveu il croyait encore lutter. Ses bras en tombèrent. Sa tête hocha de gauche et de droite marquant au Roi sa désapprobation.

Le Roi força la voix : « Ainsi voilà ta décision : coupables donc les grands-parents ! Sur le champs fais consigner le jugement. Signe. Et à présent, on passe à l’autre juridiction, celle de l’appel pour complaire aux grands-parents. J’adresse ceux-ci à Martin ici présent. Ils ont à se pourvoir devant ce nouveau juge et faire valoir leurs arguments ». Puis il s’adressa le plus poliment à ce vieillard dont l’âge avait dépassé cent ans.

« Martin, ours fidèle, vous qui avez vécu si longtemps, à vous de trancher dans la mêlée. Mais rappelez d’abord à l’assistance ce dont vous vous souvenez des heures de gloire de nos héros avant et après la guerre d’indépendance ». Tous firent silence quand Martin installa la cour d’appel et en prit la présidence.

Il commença ainsi : « J’étais enfant, Sire, mais je me rappelle la risée qui fit se gondoler la populace lorsque le terrible Euzengrien décida votre ancêtre, nouvellement Roi, à faire entrer dans la noblesse un renard fort déglingué, une sorte de rat. Si longtemps que je me souvienne il ne portait plus que ce nom infamant de Raton. N’en déplaise aux descendants, les « de Riton », j’atteste que tout au long des années jusqu’à aujourd’hui, les enfants de cette lignée n’ont servi que de faire-valoir à ceux qui arrivés à l’âge adulte avaient pu surmonter les mauvais traitements prodigués par leurs parents dans leur enfance.. Ceux-ci y étaient obligés en respect des principes de race consignés officiellement. Le jeu de l’avion n’est rien de moins qu’une réminiscence de ces exécrables commandements. » - « Un bon psychanaliste ajouta-t-il ne tarderait pas à relever que chez les renards comme chez les hyènes il couve chez chaque parent une sorte de jalousie qui s’excite dès que la progéniture rivalise avec l’adulte. La beauté et l’intelligence provoquent chez ces parents un besoin morbide d’avilir la graciosité, de freiner la lucidité galopante de leurs petits. Déduisez de là sans crainte de vous tromper, un besoin de péréniser le jeu de l’avion, ce délassement des grands auquel ceux-ci attribuent valeur patrimoniale ».

Lio IV approuva à ces généralités. Puis, le baron Martin laissa parler de tout leur saoul les infortunés grands-parents de la victime. Ceux-ci indiquèrent l’endroit où dans le fossé de la Renardière gisaient des lots de perles et de cailloux précieux. Ce fut comme un signal pour que surgissent des témoins par dizaines attestant de l’iniquité de la maltraitance sur les enfants, sur Renardine, sur ses cousines dont certaines étaient estropiées et sur les petits-cousins déjà vampirisés.

On se fit bien prudents et c’est ce que demandèrent les grands-parents pour ménager les instincts de loyauté filiale de Renardine. On fit apparaître tout de même que ses sentiments présents, devenus négatifs envers Nanard et Didine n’étaient qu’apparents et qu’ils découlaient d’une méfiance de commande, fruit de l’agitation du combat familial qu’elle ne tarderait pas à oublier sitôt retrouvé un espace de sérénité.

Le bon Roi Lio ne s’était pas trompé en demandant à Martin de bien vouloir illuminer les événements du passé. C’était bon d’avoir cet éclairage sur l’Histoire du pays, celle que justement on écrit avec un grand H. Ce qui n’empêcha point, quoi qu’il advint, qu’Huskine resta une Riton pour de bon.

Les nouveaux débats avaient mis en évidence ce que l’on savait déjà sur les textes de loi et sur leurs carences à propos des matières familiales. Celles-ci étant pourtant essentielles pour la survie de l’espèce animale, on les intitula : « Promotion des chances pour l’accession des enfants à une bonne éducation et à une bonne préparation aux devoirs de la citoyenneté ». Et en conséquence à en faire des enfants heureux, qui seront des adultes heureux et puis des parents heureux. Ce qui ne pourra que rendre aussi heureux les grands-parents.

Le Roi sut faire tout de suite légiférer car il avait là, sous la patte son assemblée. Et ce chapitre des rapports familiaux ne fut pas des plus bâclés.

Une conséquence de ces lois fut qu’hyènes et renards, y compris les Ritons (le Roi fit sauter le « de », mais en animal courtois ne força pas à rétablir l’ancien nom, de Raton) furent condamnés à suivre des cours de bonté et de tendresse parentale.

EPILOGUE

Dans la forêt il y eut de tout temps à traiter, devant les tribunaux, variété de drames familiaux. Mais jusqu’avant ce jugement, ce n’est pas chez les parents que l’on cherchait des torts et des perversités.

Le Roi dut constater que quelles que soient le grands désabusement où les enfants étaient laissés, le juge ne savait mieux faire que davantage les accabler.

Les hommes et les structures d’accueil s’étaient trop mis à prospérer tandis qu’on faisait faire le deuil aux petits de toute leur parenté.

Toujours auparavant, il eut semblé normal qu’au sein d’un tribunal on pensât aux grands-parents comme au meilleur havre pour les enfants. Or, on découvre dans le cas présent qu’il y a lice entre deux camps : des grands-parents et des parents, mais entr’eux, il y a une enfant qui se défend de commettre la moindre déloyauté envers ceux qui l’ont engendrée. Et par eux pourtant journellement malmenée…

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