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Cindy

Décembre 2012.

Comment séparer complètement un enfant de sa famille, 
ou la misère des parents rabroués.

L'histoire de Cindy, quatre ans et demi aujourd'hui, va nous l'apprendre.

La petite fille, attendue avec bonheur par toute sa famille, vit le jour un petit peu trop tôt (elle pesait 1 kg 980) à l'hôpital d'Ath en Belgique. Elle fut mise en couveuse et comme elle têtait trop faiblement, on décida de la gaver. Sa maman n'approuvait pas cette décision car elle voulait l'allaiter. Tant qu'elle était hospitalisée, ça marchait bien mais il fallut rentrer à la maison où le grand frère et papa attendaient... les quatre enfants que maman eut d'un autre père attendaient aussi quoique vivant chez leur grands parents maternels. Tout naturellement, la maman de Cindy tira son lait et le porta deux fois par jour à l'hôpital.

Les médecins voulaient garder Cindy qui ne grossissait pas assez selon eux. Les semaines passaient, les mois passaient, et le ménage s'en ressentait car maman avait dur à l'entretenir. Papa mit la main à la pâte mais son commerce s'en ressentit, on frôlait la faillite.
Lorsque Cindy rentra à la maison, on consulta un des plus grands spécialistes en la matière (en autriche), le Dr Marguerite Dunitz-Scheer, elle décréta qu'il s'était créé une dépendance de Cindy à la sonde. Maman avait aussi remarqué la souffrance de sa fille dans certains mouvements, c'était causé par le double S à la nuque dû à une naissance trop rapide, ce fait avait échappé à l'attention, ce sont un ostéopathe et un kiné qui décelèrent une hypotonie. Il y eut enquête sociale... maman était en dépression, elle était épuisée.

A un an et demi, Cindy était toujours gavée et cherchait à manger ! Intelligente, elle avait remarqué le chocolat que son grand frère prenait dans le frigo ... L'infirmière surveillante refusait d'enlever la sonde, mais la petite fille l'arracha et maman lui donna un bol de nourriture qu'elle avala sans discuter. L'autre infirmière à domicile, Madame Delphine refusa de la lui remettre, disant « mais cette enfant veut manger ! ». 

Les parents avancèrent la date prévue du rendez-vous au KAPP à St-Luc où le Professeur Charlier affirma que la petite n'était pas anorexique. Il fut proposé qu'elle aille vivre avec sa mère dans une maison familiale, le temps d'apprendre à manger. Elle avait un an et demi.

Mais, le SPJ veillait, n'en demandant pas tant pour intervenir, mais en plaçant la petite fille (au lieu d'aider maman dans le ménage et de remonter ainsi la pente). Le problème invoqué ? Un rétrécissement de l'oesophage, il fallait apprendre à mâcher.

En août 2012, Cindy fêta ses quatre ans ... aux Clairs Vallons d'Ottignies où elle est toujours placée. Elle sait manger et manifeste sa volonté de retourner avec sa mère lors des visites, et ça se gâte de plus en plus. Cindy se met en colère quand maman la quitte ? Il lui est reproché de trop s' occuper de sa fille, et si au contraire celle-ci reste prostrée, c'est le signe qu'elle ne veut plus la voir. .. Ni le SPJ ni les Clairs Vallons ne veulent comprendre la logique de Cindy ni l'admettre : elle a un besoin impératif de vivre dans « sa » famille et d'avoir une vie normale. Aucun SPJ ne pourra jamais se substituer à la mère ! On pourrait la croire violente, criminelle ou désaxée...mais non, elle est comme la plupart des mères, avec des défauts et des qualités propres, mais il lui est interdit de manifester sa souffrance de mère devant cette séparation qui lui est imposée sans raison. Faut-il apprendre aux parents quémandant de l'aide à jouer la comédie et adopter la personnalité requise par ces personnes ayant le pouvoir de les écraser ?

Pourquoi tout mettre en oeuvre pour favoriser cette séparation, car c'est cela qui se passe. On autorise un appel téléphonique à maman par semaine, deux à papa ( il se montre peut-être plus conciliant) et une visite à chacun par semaine. Il paraîtrait que lorsqu'ils sont ensemble, cela perturbe l'enfant, on ne parle pas d'amour ni d'affection, on n'apprend pas à Cindy la chaleur d'un foyer familial, ni la vie tout court à l'extérieur, aux Clairs Vallons.

Les grands parents maternels sont venus du sud de la France pour voir Cindy, ce fut refusé car ce pourrait être traumatisant pour l'enfant . Pourtant, ces grands parents ont l'air de grands parents normaux, comme les autres...et ils souffrent de cette situation, plus que cela ils en sont horrifiés. Ils comptent d'ailleurs faire savoir leur vive désapprobation par une plainte.

Dans le dossier, on trouve aussi une lettre du Dr Plotquin (gynécologue qui a créé et qui dirige trois maternités à Chateauroux), elle est éloquente quant au danger que représente la séquestration prolongée (osons le mot) de Cindy. Même le médecin de famille n'a jamais pu obtenir le dossier médical de l'enfant sauf quelques jours avant l'audience au Tribunal, et ce n'est pas un dossier : dans quelques lignes, il est dit que Cindy grossit trop lentement, et qu'elle est petite. Est-ce anormal d'être petite ? Elle marche, court, parle comme les enfants de son âge, mais son intelligence comprend qu'elle a une mère et elle n'accepte pas d'en être séparée. 

Mais il est dit aussi, dans ces quelques lignes que la fragilité du couple parental représente un danger. Un danger, c'est beaucoup dire, d'autant plus que les problèmes qui ont surgi sont dus au placement de Cindy. D'abord, ces parents ont décidé de se séparer parce qu'ils n'en sortaient plus financièrement, c'est maman qui a pris un petit logement pas trop cher (pour bénéficier d'allocations de chômage), mais le couple se retrouvait régulièrement chez l'un et chez l'autre. Papa ? Il reste toujours chez sa mère qui s'occupe de Kenny, leur fils aîné, à tel point que maman s'inquiète car elle voit son fils de moins en moins, papa estime que la présence de ses demi frères et soeurs chez elle est néfaste pour le gamin ! Elle commence à ruer dans les brancards, maman ! Elle en a assez de ces va-et-vient du père de ses deux petits et de ses crises de jalousie. Il faut dire qu'en vue du retour de Cindy (et son fils), elle a non seulement déménagé dans une plus grande maison mais ...elle a trouvé un emploi où elle est bien considérée, et même soutenue par ses collègues. Ce travail n'est pas n'importe lequel : elle s'occupe de personnes handicapées aux « charmilles » à Wiers, pas loin de chez elle.

Alors, fragilité du couple ? Pas du tout. Il y a maman et il y a papa. Combien de mères élèvent-elles leurs enfants tout en ayant un boulot ? Le problème qui se pose aujourd'hui vient du père, il n'accepte pas l'indépendance de la maman de ses enfants et il l'a fait savoir au Tribunal : « elle n'est pas capable d'élever Cindy, ni Kelly, a-t-il crié, en colère ! », passons la suite du même acabit.
Corinne (c'est la maman) est restée ahurie, quel jeu joue-t-il, pourquoi cette volte-face ? Elle a toujours cru qu'en dépit de leurs problèmes d'adultes, ils resteraient « amis » dans l'intérêt des enfants. C'est bien l'impression qu'il donnait.

Un(e) employé(e) des Clairs Vallons a glissé dans l'oreille de maman « Pourtant, vous n'avez pas tort ! »
C'est l'avenir psychologique de sa petite Cindy qui est fragilisé, encore plus ... Comment sa mère va-t-elle goupiller son travail et des visites régulières à sa fille ? Nous connaissons d'autres cas à peu près semblables, hélas : on peut affirmer que des séparations de ce genre aboutissent toujours à donner à l'enfant des sentiments de colère, d'abandon, puis de vengeance, et c'est alors la porte ouverte à des événements bien plus graves.

L'audience de novembre 12 a abouti sur un prolongement d'un an de placement de Cindy. Le temps d'effectuer de nouvelles enquêtes ? C'est plus qu'il en faut pour abîmer les précieuses relations mère-enfant, dans les conditions actuelles. Faut-il encore un an de plus à la Justice pour comprendre par spécialistes médicaux interposés, sans doute, que cette enfant n'est pas malade...et que l'erreur ne vient pas des parents. A quoi a servi le SPJ sinon à rabrouer constamment la mère... il eut été si humain de l'écouter avec compassion, et respect.

Elle interjette appel.