SYNDROME DE L'ALIENATION PARENTALE

Conférence du 5 novembre 2002 Par Hubert VAN GIJSEGHEM, Professeur à l'Université de Montréal, Facultés Universitaires de NAMUR.

Préliminaire : On parle depuis peu de ce syndrome. Il était nécessaire de définir certains rapports qu'ont entre eux des parents nouvellement séparés. Rapports qui détruisent les bonnes volontés d'une séparation à l'amiable voulue par l'un des deux conjoints, mais qui détruisent aussi le mental de l'enfant le propulsant dans un monde trop adulte pour lui.

Gardons-nous cependant d'appliquer la signification de cette expression à des cas bénins ou facilement récupérables, ou qui ne comporteraient sporadiquement que quelques situations anodines ou ponctuelles.

Statistique

Statistique établie en Amérique par le conférencier. Elle n'existe pas en Europe.

Echantillonnage parmi des dossiers judiciaires de parents récemment séparés ayant un ou des enfant(s) de 0 à 10 ans :

Trouvent une solution non judiciaire : 82,5% : entente, médiation entérinée par un juge.

Nécessité d'un tribunal : 

    13% Nécessitent une expertise 
    < 5%  Entente 
    < 8 % Juge nécessaire
    4,5%  Non analysé.

8%, nécessitant l'intervention du juge, se répartissent comme suit : une très grande majorité concerne une forme d'aliénation parentale légère. Viennent ensuite des cas d'aliénation sévère et dans une moindre mesure, ceux qui comprennent en plus des allégations et abus sexuels, quoique, dans ceux-ci, la moitié des allégations ne sont pas fondées.

Avant que la dénomination de ce syndrome soit adoptée et serve de base à ces statistiques, on évaluait à 40 % le nombre d'enfants qui semblent vouloir se détacher de l'un des parents.

Définition : Le Syndrome de l'Aliénation Parentale

Certains scientifiques et praticiens se sont demandé si, dans ce titre, le mot syndrome était souhaitable, voire nécessaire et s'il était toujours d'actualité dans les cas d'aliénation.

Cette définition a été trouvée par Gardner (clinicien). Du fait de cette position, les scientifiques ont discuté et ont pensé que l'expression « Aliénation Parentale » était mieux appropriée. < Le dictionnaire encyclopédique général Hachette donne du mot syndrome la définition suivante : - Ensemble de signes, de symptômes qui appartiennent à une entité clinique, mais dont les causes peuvent être diverses. >

En ce qui concerne le syndrome, c'est un désordre créé par une personne qui s'accompagne parfois d'une importante manifestation de dénigrement par l'enfant du parent visé.

On constate aussi que d'autres membres de la famille peuvent contribuer à cette campagne.

La campagne de dénigrement consiste en un lavage de cerveau opéré par l'aliénation dont le succès dépend de la caractéristique particulière de l'enfant. Cette définition de campagne n'est pas acceptée par les scientifiques car ils ne veulent se baser que sur des éléments observables, d'où la nouvelle définition proposée par Kelly : - C'est le désordre de l'enfant et non de la famille. Elle est en général mieux acceptée. On parle donc d' « Aliénation Parentale » sans le mot « syndrome ». On considère donc que l'enfant disqualifie un parent en exagérant le désordre créé par une personne.

Que préférer ? La définition de Gardner est bonne, mais il y a possibilité d'autres faits que ceux créés par l'ensemble de la famille car sous cette influence néfaste, l'enfant peut aussi inventer.

Historique : 50% des couples qui se séparent ont un aîné de moins de 10 ans. Il y a plusieurs années, on privilégiait « La philosophie de l'âge tendre », donc l'enfant habitait chez sa maman, en général plus câline et plus disponible.

Grâce à Gardner et à sa définition, un changement fondamental est en train de s'opérer : on recherche le meilleur intérêt pour l'enfant. A priori, les parents sont considérés comme égaux quant à leur faculté d'élever leurs enfants. Lequel des deux parents est-il, psychologiquement, le plus apte à garder l'enfant ? La décision du tribunal sera prise en fonction de la qualité psychologique de chacun des parents sans s'occuper du sexe de celui-ci. Si le père présente une garantie supérieure à celle de la mère, l'enfant ira chez lui.

Malgré l'égalité des sexes voulue par les milieux féministes, les femmes n'ont jamais accepté cette possibilité car les conceptions séculaires reviennent à la surface : l'homme est très souvent brutal sur les femmes et sur les enfants.

La société moderne banalise les divorces et, de là, les conséquences sur les enfants, mais prend-elle en compte les séquelles qu'ils peuvent encore éprouver à long terme ? Celles-ci ne sont pas directement imputées à la séparation en elle-même, mais bien à la non-acceptation par l'enfant de la situation résultante.

Et des questions sont posées : que vit-il chez l'autre parent ? Comment est-il éduqué ? De plus, l'enfant est très observé par le milieu psychologique.

Source de l'aliénation

1° Parent aliénant . C'est la mère ou le père. Le pourcentage d'aliénation est plus grand du côté de la mère, mais il est vrai qu'étant très souvent désignée comme gardienne (80 à 85 % des cas), elle a plus de possibilités et de facilité pour opérer ce lent travail de dénigrement.

Si un parent se sent lésé par rapport à l'autre, il peut devenir aliénant et si le juge, à un moment donné, désigne le parent aliéné comme gardien ou ne fut-ce que comme ayant-droit de visite, le parent « lésé » sera d'autant plus frustré et pourra déchaîner toute sa passion révoltée.

Exemple : Si la mère, gardienne, vit avec un compagnon qui aime son enfant, elle cherchera à recréer un bon climat familial et déplorera que son enfant doive encore aller chez son père.

Que pense l'enfant s'il connaît cette position ? De plus, le père ayant été « mauvais » pour elle,

le sera pour son enfant et, au retour de celui-ci d'une visite, elle recherchera des indices sur sa tenue, son comportement, les mots lâchés dans les conversations... Très souvent, elle ne manquera pas de dénigrer la façon paternelle de montrer le bon « exemple ».

(Attention, rappelons qu'il peut également s'agir d'un père dans le rôle de parent aliénant)

2° Enfant aliénant. L'enfant, blessé par la séparation, en veut aux deux parents, mais dit à sa mère qu'il la préfère. Il ne veut pas aller chez son père. Il console ainsi sa mère, mais dit la même chose à son père. Chaque parent devient inquiet, se demande ce qui se passe de l'autre côté et si son enfant n'y est pas malheureux.

Parfois, il veut les réunir, même s'il y avait disputes et batailles. Il peut raviver le conflit dans le but de provoquer une nouvelle rencontre de ses parents, avec les risques que cela comporte.

Il aime chaque parent mais le cache à l'autre. C'est un malaise constant chez lui. Cela provoque un clivage et, finalement, une aliénation parentale par l'enfant.Un autre clivage est la notion de bon et de mauvais parent. Il dit qu'il choisit alors le bon et celui-ci dit pourtant que l'enfant a choisi lui-même, sans manquer l'occasion de dénigrer l'autre parent, « le mauvais ».

Critères décisionnels

Plus on découvre de ces critères chez l'enfant, plus l'aliénation du parent concerné est grande.

Huit critères ont été définis :

1° - Campagne de dénigrement d'un parent par l'enfant.

2° - L'enfant donne des raisons futiles pour expliquer son désintéressement du parent visé et justifier son refus d'aller chez lui.

3° - Il manque d'ambivalences, prend des positions rigides. Les belles périodes sont oubliées : « Papa a toujours été mauvais ».

4° - Phénomène du libre penseur. Il dit prendre seul la décision de ne plus le voir : « C'est moi qui pense, je dis, je décide ». L'autre parent ne dit rien mais... il est content.

5° - Il se présente comme soutien de l'aliénation surtout s'il est chez sa mère. Il épie l'autre parent. Exemple : La pension alimentaire baisse à cause d'un moindre revenu : « Tu vois, il ne veut plus te nourrir » dit la mère. S'il va chez son père, il cherchera des bordereaux de salaire, les rapportera à sa mère. Il se forge sa propre opinion.

6° - Même si le père « maudit » montre de la bonne volonté, il restera disqualifié, sera toujours le « mauvais » - « Qu'il paie ! » dira l'enfant.

7° - Présence de scénarios empruntés. Il reprend des phrases entendues à la maison, chez le juge, chez un enfant, toujours dans le but de discréditer.

8° - L'animosité s'étend à la famille élargie de l'aliéné. Tout ce qui touche au père est disqualifié. Tout ce qu'il a construit à la maison est critiqué négativement. On change le nom des enfants sans que cela soit officialisé.

Moyens employés par le parent aliénant

Par paroles évocatrices en présence de l'enfant : moralité douteuse de la nouvelle compagne du père, la pension alimentaire arrive en retard ou est insuffisante, étalage de tous les défauts exagérément décrits.

Le père prend des nouvelles par téléphone ? On lui répond : « Il n'est pas là... Il prend sa douche ».

Si l'enfant répond, il ne peut rien dire car sa mère écoute. Le père s'en plaint finalement à la mère, laquelle rétorque : « Il est cependant gentil, pourquoi est-il ainsi avec toi ? Je ne sais pas ». Le père, de plus en plus inquiet, téléphone souvent, toujours sans succès et s'aliène davantage.

La mère associe son enfant à son malheur. Les bons souvenirs sont effacés, tout était déjà mauvais auparavant.

L'enfant n'a plus qu'un parent, sa maman et elle est bonne. Lorsque l'enfant revient de son séjour chez le père, elle lui demande d'un ton ricaneur empreint de suffisance : « Comment ça a été, là-bas ? ».

Paroles continuellement destructrices. Ton père, ton père...L'enfant n'entend plus que cela. C'est un véritable lavage de cerveau.

Conditionnement - Programmation

La mère parle très peu du père, mais ses propos sporadiques à son égard sont toujours empreints d'une volonté tendancieuse d'imposer son opinion tenace de femme et d'enfants abandonnés. « Je t'expliquerai plus tard ce qu'il nous a fait » dit-elle.

Venir chercher l'enfant et le ramener devient parfois un rite très contraignant pour le père. Il doit suivre les injonctions de la mère, des horaires très stricts, se faire accompagner par quelqu'un qui prendra et déposera l'enfant sur le seuil de la porte, se garer plus loin que la maison afin que les voisins ne remarquent rien. L'enfant considère alors son père comme un être dangereux et commence à le craindre pour refuser bientôt de l'accompagner.

Elle cherchera des raisons « impérieuses » pour ne pas lui donner l'enfant : fêtes à l'école, rendez-vous médicaux, anniversaire d'un copain...mais aucune de ces excuses n'est valable car ce que le tribunal a décidé doit être absolument appliqué sauf cas de force majeure comme une maladie par exemple.

Si le père insiste, on parlera de harcèlement, or il a raison. Alors le cerveau de l'enfant sera finalement programmé à réagir contre toutes ses attitudes, même louables, et cela sans que l'on puisse, à priori , accuser la mère de manipulations. Et de plus, comme par nature, le père est plus sévère que la mère, l'enfant choisit tout naturellement. Mais il faut choisir le degré adéquat de la sévérité, ceci est d'ailleurs valable pour les deux parents. Trop de sévérité peut être une cause d'aliénation.

Aboutissement et conclusion

Le parent aliénant ne changera jamais d'avis, il reste invariablement sur ses positions. Le juge sollicite, reconnait le degré d'aliénation et place l'enfant chez l'aliéné. L'autre parent réagit, parle d'enlèvement, relance ses prétentions en cherchant un autre expert, va en appel s'il le peut... Il parle de son intégrité, la fait connaître, croit à ce qu'il dit, à ce qu'il invente et se détruit de plus en plus.

On ne peut permettre qu'un enfant oublie un parent. Il a besoin des deux. Le clivage est à proscrire car à moyen ou long terme, la situation devient pathogène et risque l'apparition de graves conséquences. L'enfant, victime de l'aliénation n'est plus un enfant, il prend le pouvoir sur les deux parents et même sur le milieu judiciaire élargi. L'aliénation parentale doit être reconnue le plus tôt possible très sérieusement. Il faut y remédier de suite.

N.B. Tout ce texte parle souvent de mère aliénante. Des situations semblables existent également dans l'autre sens.

Conclusions du débat

- Donner l'enfant au parent qui semble le plus ouvert. Mais des séances de préventions peuvent être organisées : l'éducation des parents est nécessaire quand l'enfant est à naître. Lors de séparation du couple, une médiation doit être obligatoire et des directives seront données pour la gestion de l'éducation des enfants. Aucun n'est préparé à être parent. Savoir ce qu'il faut faire devant l'enfant, lui dire, ne pas lui dire. Attention à ce que dit l'enfant à l'autre parent séparé. Il peut inventer... Faire preuve de tact et ne pas dénigrer l'autre parent.

- Peut-on revenir en arrière lorsque le mal est très profond ? Des enfants restent 25 ans sans revoir un parent. Le temps passe et on oublie. N'y a-t-il plus moyen d'organiser une rencontre ? Souvent, non. Que faire ? On ne sait. Dans le cas où les deux parents sont détruits, l'un aliéné, l'autre aliénant (auto-détruit), le juge doit être l'autorité ultime.

Si l'enfant a préservé un lien avec le parent aliéné, celui-ci doit, avec tact, conserver cette affinité . L'humour apporte beaucoup de détente à l'enfant, il est préférable de loin à la morosité et apportera toujours un certain bonheur. L'humour crée un climat libérateur et favorablement complice.

Le judiciaire doit intervenir, si nécessaire, dans le cas d'un comportement irréversible de l'aliénation, ou encore lorsque l'enfant a pris le pouvoir entièrement (sermon et menaces éventuelles du juge redressent parfois des situations).

Le parent lésé doit cacher sa frustration devant l'enfant. Celui-ci revoit alors sa position et les contacts s'améliorent.

Les deux parents sont aliénants ? Il y a moins de risques que l'enfant soit aliéné.

Si l'un des parents est très aliénant à tel point que l'autre ne sache plus nouer de contact, la situation devient très difficile à redresser.

Si l'enfant est victime de tout ce fatras aliénant, on ne peut prévoir les conséquences à long terme.

Pour les enfants raptés, que faire ? Que deviennent-ils ? Des délinquants ? Etude clinique et suivi sont nécessaires, les conséquences sont encore mal connues.

Si le comportement de l'aliénant est destructeur, on lui retire l'enfant pour le protéger.

Etrangement, des enfants résistent à toutes les influences. Enfants décideurs ? Certains ne prennent pas position pour rester en contact avec les deux parents. L'enfant peut être entendu, mais ne peut décider. Seul, le juge décide.
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