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2003 - SAP Conférence/Débat - Macq, Gautier, Deleau


SAP Conférence/Débat - Macq, Gautier, Deleau - Oct 2003

SAP-Conférence débat


Résumé de la conférence débat du 31 mars 2004 à Namur.

Orateurs :

Monsieur VAN GIJSEGHEM, professeur à l'université de Montréal.
Monsieur MACQ, substitut au Procureur du Roi, Parquet Jeunesse Namur.
Monsieur VAN DIEREN Benoît, psychologue.





La séance débute par un mot d'accueil de la Présidente qui explique le but de cette réunion. Il s'agit de remettre certaines choses à leur place dans l'interprétation de la théorie de Monsieur GARDNER : le S.A.P. Celle-ci a été, soit mal comprise, ou mal accueillie par certains, soit aussi carrément méprisée et combattue avec une vigueur non mesurée.

I. Recadrage de la théorie - Analyse :


1. Monsieur VAN GIJSEGHEM déplore d'abord l'absence de Monsieur ADRIAENSSENS, l'un des contradicteurs. Ii nous renvoie ensuite au texte de sa première conférence. La théorie du S.A.P. est maintenant très répandue, mais aussi de plus en plus controversée. Des rumeurs circulent même en relatant que les adeptes du S.A.P. protégeraient les pédophiles...

L'analyse de la controverse fait ressortir 7 points principaux :

1. le S.A.P. existe-t-il ?
2. comment le nommer ?
3. comment le définir ?
4. qui est le présumé aliénant ?
5. combien de fois rencontre-t-on le S.A.P. dans les cas de séparation des parents ?
6. si le S.A.P. existe, n'est-il pas fondé ? Autrement dit, normalement présent dans de nombreux cas ?
7. comment intervenir lorsqu'on découvre cette manipulation psychologique ?

Réponses :


1. Oui, on chicane sur le nom, mais les comportements définis sont bien visibles. Un enfant écarte un parent de suite ou après un certain temps. C'est la conséquence.

2. Le mot « syndrome » pose problème. Il y a deux acteurs au départ : un parent aliénant, un enfant victime car manipulé. Au Canada, par son appellation « S.A.P.», cette théorie n'entre pas dans une classification officielle, soit le D.S.M.. Il le faudrait pour étendre le pouvoir des experts et faciliter leur travail. L'idéal est de parler seulement de l'enfant, de la pathologie qui s'ensuivra, des conséquences pour le parent aliéné même si celui-ci est bon. Une image reconnaissance admise par la justice et autres experts si elle entre dans une classification officielle, telle qui existe au Canada.

3. Le mot « syndrome » pourrait être abandonné, subsisterait alors l'expression « aliénation parentale », le mot « pathologie » pourrait aussi être introduit dans l'appellation.

4. Qui est l'aliénant ? L'aliéné ? Des confusions existent. On reproche à Monsieur VAN GIJSEGHEM de culpabiliser les mères et pères aliénés. Cela n'apparaît nulle part dans ses conférences et autres écrits. L'un ou l'autre parent peut-être aliéné. GARDNER parlait de 50 % équitablement répartis, mais l'enfant est souvent gardé par la mère, c'est pour cela que l'on parle plus de père aliéné que de la mère. La proportion 3 contre 1 est une estimation généralement admise.

5. Une étude hollandaise révèle que 45 % des enfants ne voient plus l'un des parents après la séparation. Par d'autres études, ce pourcentage varie de 43 à 60 %. Ce qui fait dire aux opposants du concept, qu'on voit du S.A.P. partout.

Monsieur VAN GIJSEGHEM a réalisé une étude sur 300 cas de divorce.

82,5 % furent l'objet d'une entente sans arbitrage devant le juge,
68 % en consentement réel,
14,5 % avec laisser-aller du père par manque d'argent ou d'intérêt.
17,5 % demandèrent un jugement avec
6,5 % de sévères mésententes et d'aliénations parentales graves.

6. Beaucoup de cas de S.A.P. sont fondés. Mais il y a toujours des cas où un enfant pourrait, dès l'origine de la mésentente et même avant, avoir une aversion envers un parent : pas d'affection, ni d'attraction = fortes lacunes psychologiques...

7. Il n'y a pas d'entente sur le remède à apporter. On fera appel à des psychologues ou à la justice, cela provoque un fort conflit.

Monsieur VAN GIJSEGHEM fait appel à la psychologie pour les cas de S.A.P. légers, modérés, tandis que les cas graves nécessitent l'intervention de la justice, celle-ci appliquera les lois et imposera à l'enfant de voir l'autre parent, cela évitera à l'enfant de se considérer comme maître de la situation avec prise de pouvoir sur le parent aliéné. Dans ce cas, se sentant déjà devenu adulte, il encourera de graves désordres psychologiques.

L'emploi de la justice dans les cas graves n'est pas de l'avis des opposants à la théorie mais Monsieur VAN GIJSEGHEM insiste ici sur la manière forte dont seule la justice est détentrice.

Le Professeur MERCIER remercie Monsieur VAN GIJSEGHEM et loue les nuances que celui-ci apporte sur le point capital de l'épistémologie clinique, il est courageux de sa part, dit-il de soulever les controverses et de s'y situer. Il continue en insistant sur la difficulté de résolution des problèmes de chacun, les situations doivent être analysées dans chaque cas. L'échange de réflexions peut être bénéfique malgré la différenciation des caractères humains dans les mêmes et différentes générations.

II. Constatations dans la procédure, par Monsieur Vincent MACQ :


Trop de confrontations entre parents. Les dossiers sont tous différents, car la personnalité de chacun apparaît. Il faut savoir y mettre du sien, admettre des compromis. Quel est le remède juridique ? Le juriste sauta-t-il apprécier ?

La justice intervient dans les procédures civiles : la durée de la procédure doit être la plus courte possible. Des désignations d'experts et le dépôt de nouvelles pièces au dossier allongent la durée. Cela est préjudiciable pour tous et surtout pour les enfants. Il existe un trop grand cloisonnement entre les institutions même dans la justice. L'idéal serait la création de tribunaux de la famille. Un enfant de plus de 12 ans doit être entendu par les décideurs, pas toujours pour suivre ses désirs, mais le dialogue sera fructueux dans un grand nombre de cas. La tendance actuelle est la prise de décision à titre provisionnel. Cela raccourcit les durées.

Le S.A.J. prendra les mineurs en danger sous sa garde par décision du tribunal.

Une procédure pénale ne pourra être entamée qu'en dernier lieu. Elle laisse des traces de culpabilité surtout aux yeux de l'enfant. Prendre garde à une trop forte fusion entre l'enfant et le parent gardien. Une mise en contact forcée avec l'autre parent peut provoquer un dérangement psychologique chez l'enfant, même au cours des rencontres dans un endroit neutre.

La procédure doit toutefois être rapide, malgré l'arriéré judiciaire.

L'avis de Monsieur Benoît, Van Dieren ...

L'appellation S.A.P. évoque la détresse des parents. Et l'enfant ? Que subit-il dans cette atmosphère de suspicion continuelle ? Ce n'est pas bon qu'il devienne aliénant. Une séparation réfléchie dans l'intérêt des enfants empêche tout conflit. L'enfant en souffrira peu. Des procédures ne sont pas toujours menées à terme pour raisons pécuniaires. Des tentatives de rapprochement d'un parent risquent d'être maladroites, incomprises et accentuent le conflit. Le peu de relations qui subsistent entre l'enfant et le parent absent doivent être préservées à tout prix. Un enfant peut se sentir important s'il sait qu'à 12 ans, il pourra donner son avis. Il se sert de cela comme chantage.

III. Raisonnements issus de l'expérience :

L'enfant devrait être gardé par le parent le plus disposé à préserver l'entente de l'enfant avec les DEUX parents.

Par décision judiciaire, un enfant doit revoir son père en compagnie d'un psychologue dans un lieu neutre. « Espace-rencontre » accueille mais ne fait que surveiller, on pourrait penser qu'un psychologue apporterait un soutien, il n'en est rien.

Le S.A.P. sert aussi de riposte, on retourne l'enfant vers le parent « bon ». Celui-ci est-il bien bon ? On l'a décidé ! Un parent a donné une gifle, geste maladroit, mais est très bon parent mais c'est un geste qui peut avoir des conséquences « trop fâcheuses ». Une aliénation parentale est aussi grave que tout autre abus, même l'abus sexuel, car elle abolit toute distance intergénérationnelle. Des conséquences psychologiques s'ensuivront immanquablement

Deux experts aux idées contradictoires sur le S.A.P. se confronteront et déforceront la logique du dossier. Le juge n'est pas lié aux avis d'experts, ceux-ci sont quand même essentiels. Certains experts n'ont aucune notion du S.A.P., mais des expertises seront toujours nécessaires. Une rupture de la conjugalité ne doit pas avoir d'effet sur la parentalité c'est un domaine tout autre. La justice en avertit les parents. Une très bonne solution si elle est possible est la garde alternée.

Un enfant devenu majeur reste sur une position de rejet. Que faire ? Pas de réponse ! Il faut préserver des rencontres, les décider absolument peut être dangereux suivant les cas et les personnalités.

Monsieur Van Dieren insiste sur ce qui suit :

Il faut toujours penser à l'intérêt de l'enfant dans l'examen de conflits. Les « haines » entre parents ne devraient pas empoisonner la vie de l'enfant. Ils doivent accepter la médiation. Si un enfant ne veut plus voir un parent, le juge désignera un expert. Les non-respects de décisions judiciaires devraient amener des astreintes fixées par la justice.

En France, dans les cas de non-présentations d'enfants au parent à visiter: Pères en cause : 33 % - Mères en cause : 66 %. On dénombre 30.000 plaintes par an.

Une formation à la parentalité sous-entend un modèle familial comme référence, cela est incompatible avec notre système démocratique. La prévention est néanmoins une voie pour l'avenir.

Certaines procédures longues et difficiles coûtent trop chers, trop d'interventions alourdissent les dossiers, le monde judiciaire semble avouer son impuissance dans beaucoup de cas.

Le S.A.P. sous-entend dans le mot « parental » tout le cercle familial, côté de ce parent. Cette constatation est souvent établie.

Un délégué social constate de plus en plus l'arrivée d'enfants « tout-puissants » même non abusés. Ils n'ont plus la notion du respect parental.

Conclusion :


On trouvera dans ces échanges de vue quelques redites des conférences antérieures, mais certaines confirment bien où se situent les problèmes. La théorie du S.A.P. est un appui (ou outil) puissant dans les tentatives de résolution de ces situations où l'enfant, source involontaire des conflits et enjeu parfois innocemment consentant devra être pris en considération ... dans le respect de ses jeunes années, base d'une vie heureuse qu'on DOIT lui préserver. « Si on comprenait l'amour qu'on doit porter aux enfants, on agirait
autrement ».

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