Risque de perte du lien parental
Conférence de Benoit Van Dieren, du 11 Janvier 2008. Résumé réalisé par Lucien Derzelle.


Ce titre est choisi plutôt que "Syndrome d'aliénation parentale". Un enfant ne voit pas l'un des parents durant 2, 3 ou 6 mois. Est-ce longtemps ? Oui, mais on espère que ça ne durera pas. Néanmoins, tout ce temps, le conjoint absent a été médit... Le concept SAP n'est pas encore abordé, il devient motif d'accusation mutuelle, puis nécessite l'intervention judiciaire dans une situation difficile qui se résoud rarement.

Perte du lien parental

La perte d'un lien parental est de plus en plus remarquée. L'un ou l'autre des parents est rejeté par l'enfant qu'il ait été très disponible ou non lorsque la famille était réunie. C'est un processus psychologique qui se joue sur trois pôles.

1. L'enfant: Est-il influençable ? Oui, mais il a ses critères. Il rejette l'autre parent car il a entendu des paroles médisantes ou calomniatrices sur lui, il en souffre. D'autre part, il arrive qu'un enfant d'une fratrie recherche seul à revoir le parent auparavant rejeté.

Un enfant rejette le parent absent, on dit que celui-ci dénigre son enfant ou l'autre parent. Mais que se passe-t-il lors d'une rupture ? On se serre les coudes à la maison, c'est un drame pour le parent qui reste, les enfants se sentent abandonnés, sont en désarroi. Le parent délaissé fait état de sa misère en utilisant la souffrance de ses enfants et en profite pour dénigrer l'autre. Ils s'associent dans le même malheur. L'enfant pense à venger la famille délaissée même sans qu'il y ait dénigrement. Mais aussi, dans certains cas, retourne spontanément chez le parent rejeté.

2. Le père: Laissé seul avec ses enfants, un père s'effondre devant eux, parle de suicide.... en 15 jours la relation, restée bonne avec la mère, s'est gâtée, tout à coup, et de plus en plus. Les enfants veulent aller tout casser dans l'appartement de la mère, ennuyer, tourmenter, obséder le compagnon éventuel. Ici, cette dégradation a été provoquée par l'attitude du père délaissé. L'entente relative qui existait encore, ce qui était mieux pour les enfants, s'est tout à coup interrompue. La patience sera toujours bonne conseillère.

3. La mère: Comme déjà expliqué ci-avant dans le paragraphe sur l'enfant, la mère associera très souvent ses enfants dans ses difficultés. Tout sera faute de l'autre. Elle emploiera le pronom « on » ou « nous » lorsqu'elle parlera de sa situation fragile, de sa privation matérielle, de l'abandon injuste dont elle est l'objet.

Les séparations se multiplient... Le « rejet parental » est un concept à cerner en profondeur. Il se joue dans la famille, la situation risque de se dégrader de plus en plus et de se figer.

Le facteur temps influence l'évolution. Dès qu'apparaît le risque de rejet, les parents, malgré leur dissension, doivent réagir et définir une marche favorable aux enfants. Qu'il y ait séparation ou non, s'il reste le respect mutuel, ils trouveront les attitudes à tenir, les paroles, les idées pour que ne s'installe pas chez l'enfant la moue du mécontent, de l'abandonné, de l'assoiffé de vengeance.

Il faut réagir vite, se faire aider éventuellement par des médiateurs, prudemment. Ne pas attendre que ça s'arrange tout seul. L'entêtement de l'un des deux alourdira les échanges de vue. Au pire, l'appareil judiciaire devra intervenir, retardant alors l'application de solutions bénéfiques pour tous ou inspirant à l'un des deux parents des actions prenant appui sur la Justice pour contrecarrer tout point de vue constructif.

Actuellement, la Justice prend conscience de la nécessité d'intervenir plus rapidement pour éviter les dégâts causés par le temps qui passe.

Non-présentation d'enfants au parent

Par cette action, la perte du lien parental s'aggrave. Une base de discussion doit s'installer autour de cette perte de lien comme critère existant. Il faut se rendre compte que la non-présentation d'enfants transgresse la loi dans la mesure où la coparentalité est bafouée. Lors d'une conversation avec un haut magistrat, il m'est apparu que ceux-ci sont conscients de ce problème. Un projet existe : une lettre émanant de la Justice et rappelant aux parents concernés leur responsabilité vis-à-vis de la Loi. Le phénomène commence à être perçu, des remèdes seront donc appliqués.

Préventions et remèdes

Lors de la cérémonie du mariage, ne serait-il pas opportun d'ajouter au texte traditionnel (ou de le modifier) le contenu de ces idées :
S'engager à rester un couple très uni au moins pour les enfants, à être dans tous les cas bon père, bonne mère.
En cas de rupture, respecter le rôle de parent de l'autre et le soutenir dans la perspective d'agir pour le bien des enfants.
Limiter l'accumulation des problèmes au cours de la vie du couple. Chercher de suite des solutions, les appliquer decommun accord. Si les difficultés persistent, tenter une médiation afin d'éviter rejets, disputes... et si la séparation est inévitable, la situation sera meilleure et plus facile à vivre car basée sur des accords ou des compromis recherchés.

Dans la séparation, il faut quand même tenir compte de la situation psychologique et matérielle de l'autre conjoint. Celui qui décide de quitter expliquera sa décision et ne laissera pas continuellement de l'espoir à son conjoint. Sa décision lui fait entrevoir une nouvelle vie, il est heureux mais il doit rester humain en respectant la personne qu'il a aimée. Il ne faut pas disparaître sans donner de nouvelles.

Construire le nouveau nid doit être réalisé avec grand tact vis-à-vis des enfants qui viendront en visite. Des rencontres préliminaires avec le nouveau conjoint seront organisées. Les enfants rentreront chez eux, sereins et raconteront comment se présente leur nouveau nid...

Le principe de l'hébergement égalitaire peut s'appliquer de façon heureuse, mais ne doit pas être systématique. Il s'inspire du principe de la coparentalité, parents égaux devant les enfants.

Le nombre de pères victimes de rejet est plus important que celui des mères. Ils se sont organisés en associations mais font montre de sexisme. Les femmes sont culpabilisées par leur situation de pères « délaissés ». Evidemment, l'effet obtenu ne correspond pas à leurs attentes : il y a perte de crédibilité envers cette association.

La perte d'un lien parental est un phénomène de société car dans la majorité des cas, ce sont les mères qui obtiennent la garde des enfants.

Les non-respects des jugements restent en général sans suite, cela apporte une prolifération de plaintes non traitées, finalement. Mais si le mot « astreinte » figure dans le jugement, cela fait réfléchir...

Il est primordial que ce phénomène de société soit compris et reconnu par les institutions judiciaires et sociales. Une liste de critères de comportement créant ce risque doit être dressée afin de faciliter le travail des juges. Comportements et faits comme la non présentation par exemple, ont des conséquences immédiates et pas toujours perceptibles sur les enfants, mais les traces en imprègneront leurs pensées tout au long de leur vie.

Commentaires entendus après la conférence

La mère s'inquiète lorsque l'enfant va chez son père. Elle pense au danger matériel, moral, sexuel. Le père souffle moins de ces sentiments. S'il sait que la mère a peur, il doit la rassurer et recevoir gentiment ses conseils, en prendre note. Après tout, c'est dit normalement pour le bien de l'enfant.

Toutes les rencontres doivent être calmes, gentilles. Au Canada, on convoque les parents en réunion d'information pour leur apprendre ce qu'ils vivront en cas de séparation. Cela est très utile et évite de foncer dans l'inconnu. On parle d'installer cette pratique en Belgique.

L'école est parfois confrontée à ces problèmes indirectement. Elle n'est pas informée et ne peut réagir. Son rôle de toute façon sera toujours limité dans ces cas, elle ne peut servir de médiateur. Donner aux écoles, aux parents, aux mutuelles, aux associations des informations émanant de diverses autorités spécialisées dans ces problèmes familiaux est souhaitable afin de remettre chacun à la place à laquelle il est destiné.

Beaucoup d'enfants rechignent à aller chez leur père, ils sont en-dehors de leurs habitudes. Que faire ? Les forcer sauf s'ils y a danger pour eux. Ne doit-on pas parfois les forcer pour se rendre à l'école ? Il faut leur expliquer que le père n'est pas une mère, mais cela ne l'empêche pas de les aimer aussi.

Veiller à l'éducation de l'enfant, ne pas en faire un enfant-roi, ni un enfant juge. Il y va de son intérêt : C'est un concept important à cerner, mais avec du bon sens, n'arrive-t-on pas à bout de nombreuses difficultés ?
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Eric Derasse,
28 sept. 2012 à 13:34
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