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2007 - Réorganisations familiales. Liens et rôles parentaux - Richard Cloutier


Réorganisations familiales, liens et rôles parentaux


Conférence du 7 décembre 2007 par le professeur Richard Cloutier.





La conférence comprend trois parties :

1. Le cycle des réorganisations familiales
2. Les risques pour l'enfant et les besoins
3. Le défi de la coparentalité



Préambule

La famille est un réseau relationnel en évolution.

- La relation conjugale. La famille présente un caractère complexe mais c'est le premier agent de développement de l'enfant, plus que l'école. Beaucoup de systèmes de socialisation existent à l'heure présente mais la famille apporte une influence biologique, psychologique et affective à l'enfant. L'influence est grande et un correctif est parfois difficile à apporter.

- La relation parentale. Il est très important de savoir d'où l'on vient.

- La relation fraternelle. Souvent, il y a au moins deux enfants. La fratrie contribue à l'éducation sociale.

- La famille élargie. Une rupture conjugale s'étend, dans la plupart des cas, à la famille élargie. Jusqu'où va la famille élargie ? Qui peut décider ? Différents membres de la famille élargie n'ont pas les mêmes relations entre eux et avec une jeune famille.

- Définition de la famille. La définition est large et le mot « famille » donnera sa signification dans le contexte où il est employé. Dans un exposé tel que celui-ci, la famille comprend les deux parents et les enfants.

I. LE CYCLE DES REORGANISATIONS FAMILIALES

D'une famille intacte, successivement, peuvent se présenter les événements suivants : séparation (perturbation), divorce (perturbation), adaptation en famille monoparentale (et même recomposition, séparation...), changement de formule de garde (parfois difficile à supporter, les liens bougent, la réorientation est nécessaire), recomposition... L'amour, compagnie, sexe, soutien.

Le lien conjugal : les assises - un peu de théorie


Attraction et vie commune
                                                            - aspects positifs émotionnel et matériel
                                                            - aspects négatifs : hostilité, tensions, échecs.   



Freins de la séparation
.
                                                            - valeurs, contraintes légales, financières. 
                                                            - pressions sociales (communauté, religion).


Alternatives relationnelles
 
                                                            - partenaires possibles, fidélité...



Les facteurs de risque classiques

Les tensions relationnelles entre parents, conflits fréquents non résolus, violence verbale, insatisfaction élevée à l'égard du conjoint, sentiment d'être malheureux, projet de mettre fin à l'union, autres partenaires...

Etude : ARMATO et HOHMANN - MARRIOTT (2007)

4460 couples sur 5 ans

509 divorces (48 % en détresse psychologique élevée) (52 % en détresse psychologique faible )

Les 52 % en détresse faible se rapprochent très fort des couples non séparés en ce qui concerne l'importance des facteurs de risques classiques vus ci-avant.

Après la séparation, on pense que ce sera meilleur.

Les couples non mariés ont des enfants et se séparent : les statistiques sont faussées. Dans les unions de fait, la probabilité de se séparer est plus grande.

Après la séparation, le caractère conflictuel est différent. Le divorce est mieux toléré dans la société et plus facilement obtenu. Cela a permis des séparations dans les couples à qualité relationnelle moyenne, bien malgré eux et mis devant certaines réalités masquées auparavant par des illusions.

On constate depuis 1980, dans les pays européens, un fort accroissement du nombre de divorces ; au moins doublé en Belgique, en Grèce, au Portugal, en Italie et presque doublé dans bon nombre d'autres pays.

Les naissances hors mariage :

En France:
- 2000: 40 %

En Belgique

- 1996: 19 %
- 2001: 27,5 % (5 % environ en 1980)

au Québec

- 2003 : 59 %

II. LES RISQUES POUR L'ENFANT ET LES BESOINS

La famille actuelle est différente de celle d'il y a 10 ans. Un enfant sur cinq vit avec un des parents.

Un enfant sur dix vit en famille recomposée (Canada, France, Grande Bretagne) et 80 % de ceux-ci dépendent de la mère.

Les risques pour l'enfant sont les difficultés à l'école, la dépression et la perte d'estime de soi, compétence sociale moindre et problèmes de comportement, précocité sexuelle, affiliations déviantes, incidents de parcours (grossesse non désirée, décrochage, chômage, consommation, délinquance), difficulté d'inscription socio-économique.

Ampleur d'augmentation du risque : 2 à 2,5 fois mais une majorité d'enfants s'en sortent bien.

Lors d'une recomposition de famille, les filles éprouvent plus de difficultés. L'appauvrissement de la cellule familiale sur les plans matériel, psychologique et social ainsi que les conflits internes sont des facteurs néfastes au bon développement de la famille et des enfants. Ceux-ci vivent ces événements avec angoisse, les relations en souffrent.

Les besoins chez l'enfant :

Il doit comprendre ce qui arrive, le pourquoi, les rôles de chacun. Il doit exprimer ses émotions : colère, douleur, peur, donner son point de vue. Il faut le rassurer car il se demande ce qui va lui arriver. Il doit reprendre son agenda d'enfant ou d'adolescent.

III. Le défi de la coparentalité

L'enfant doit continuer de voir ses deux parents, il faut donc construire un rapprochement malgré la rupture et non mettre une fin définitive à la relation. L'enfant ne comprendrait pas sauf si on dénigrait continuellement le parent absent et ceci est le pire des comportements. Celui-ci est détaillé et analysé dans ses conséquences vis-à-vis de l'enfant dans des conférences précédentes. Mais la coparentalité est-elle à la portée de tous ?

La coparentalité ne peut se construire sur des bases conflictuelles car elle aviverait plutôt les tensions, elle est donc un risque à gérer. Celui-ci sera immanquablement présent, la vigilance sera de mise et un soutien extérieur spécialisé sera peut-être nécessaire.

Conclusions

Nous retiendrons qu'on est parent pour la vie, qu'il ne faut pas confondre relation conjugale et relation parentale. Admettre la diversité des profils et des trajectoires de chacun et distinguer le projet de l'enfant et celui du parent est indispensable.

En cas de relation grands-parents-parents brisée que faire ?
R:C'est difficile. Il y aura de toute façon des inconvénients pour l'enfant.

Si les dialogues sont impossibles, que faire ?
R:Tout est mesure et s'il y a toxicité, il vaut mieux rompre.

Les requêtes successives rendent l'enfant malade finalement. En protection jeunesse, on les fait sortir, puis rentrer etc., mais qu'est-il alors devenu ? Essayer d'éviter le tribunal et avantager la médiation

L'intérêt de l'enfant est difficile à définir. Les décisions judiciaires sont difficiles à motiver.
R: Les visites devraient être maintenues, même en les forçant éventuellement. En garde partagée, on est obligé de considérer le nombre d'heures de contact et même de les maintenir. Pour les enfants qui grandissent chez leur mère par exemple, continuer les visites chez le père, afin que celui-ci ne devienne pas un mythe.

Des enfants de séparés arrivent à l'école en pleine année scolaire avec, par exemple, la recommandation : « Surtout, ne parlez pas du père ».
R. : Au Canada, on amène l'école à définir une position ; une convention est prise et on essaie de s'y conformer. A priori, l'école n'a pas de rôle. Il est préférable que les parents prennent une décision au lieu d'aller devant un juge et puis... le temps qui passe change tout.

Certains parents font semblant que tout va bien dans la séparation.
R. : Ce comportement n'est pas condamné par les enfants, ni par l'entourage. Si un enfant de 15 ans est interrogé à ce sujet, il dira que c'était dur mais qu'il en est sorti.

Des enfants devenus adultes diront que c'était mieux qu'il n'y ait pas séparation. Ceci est souvent prétexte s'ils ont subi des échecs. Une mère avait dit à sa fille qu'elle n'avait pas de père. Celle-ci a néanmoins cherché et a trouvé son père, il ne savait pas qu'il avait cette fille. Celle-ci se sentit mieux et voulut que tous le sachent.

Commentaire : L'enfant a droit à l'information, il peut donner son point de vue, il ne décide pas mais peut influencer.

Toute cette conférence est basée sur des statistiques, sur l'étude de cas...

La garde alternée n 'est pas toujours une solution définitive.

Un enfant doit reconnaître le nouveau « parent » (famille recomposée) sinon ça n'ira pas.

Un enfant qui présente de la résilience (résistance aux chocs moraux, moins de préjugés, ouverture aux situations) vivra mieux les événements.
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