Prévention de l'aliénation parentale

CONFERENCE DEBAT DU 8 MARS 2005 - Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix, Namur. Par Benoît VAN DIEREN, PSYCHOLOGUE ET MEDIATEUR. Résumé réalisé par Lucien DERZELLE.

En introduction, le conférencier définit l'aliénation parentale d'une façon particulière, c'est l'enfant qui, tout d'abord, est aliéné par un parent. C'est lui qui souffre le premier et tout ce qu'il entend ou voit en actions dirigées vers l'autre parent va le marquer définitivement. 

L'aliénation est un processus (et non un syndrome) qui aboutit à un état aux lourdes conséquences. Ce cheminement « se joue à trois » : les deux parents et l'enfant lui-même, d'où l'apparition d'une interaction entre eux qui peut conduire à un conflit de plus en plus marqué.

1er pôle : Rôle de l'enfant :

1) Ce qu'il subit à la séparation des parents et même avant car il perçoit vite les dissensions : sentiment d'abandon, anxiété, perte de repères, trahison, l'avenir ?...

2) Il est sensible à ce que ressent le parent proche.

3) Il éprouve des doutes au sujet de sa protection car ce parent est très ébranlé.

4) Il veut protéger le parent en détresse, puise dans ses ressources profondes pour l'aider et se ferme lui-même au malheur.

5) Toute la responsabilité est reportée sur l'absent, celui-ci est la cause des malheurs.

6) L'enfant entend que chaque parent en veut à l'autre car il est attentif aux paroles, aux conversations : « L'autre est responsable de la non réalisation du bonheur espéré ».

2ème pôle : L'enfant et son parent proche.

Ils s'associent dans l'épreuve. L'enfant voit ce parent dépressif, en accuse l'absent, le déserteur. Les conversations tournent autour du même sujet, les rancoeurs s'amplifient. Même anodines, les paroles portent une tonalité particulière et leur fond est teinté d'amertume. Lentement, cette situation cause des comportements néfastes dans la famille abandonnée.

3e pôle : Le parent éloigné.

Il se demande comment vont s'établir les relations avec ses enfants, ce qui va lui arriver, il se sent tout-à-coup isolé, abandonné. Il voudrait une mise au point rapide, ne peut converser et se déprime. Il est vrai que parfois, lorsque la situation l'exige, le retrait de l'un du couple est souhaitable pour calmer le jeu, mais s'il demande des nouvelles, il risque d'être accusé de harcèlement, d'intrusion...Tout est bon pour empêcher toute tentative d'approche des enfants.

Quoi que fasse le parent éloigné pour reconstruire sa vie, il sera blâmé par l'enfant, taxé d'égoïste. Il ne peut non plus se montrer déprimé ou implorant car l'enfant sera gêné et éprouvera du mépris envers lui.

Le parent aliénant a beaucoup de possibilités :

« Il (elle) te fera payer ton départ ». - « On s'ennuie chez papa » - « Je sais, je connais, décide ce que tu veux faire.« Je l'encourage à y aller, mais il (elle) ne veut pas et je ne l'oblige pas ».

Or, il faut l'obliger à voir l'autre parent. L'enfant ne peut se sentir le maître de la situation, car il posera alors des actes négatifs : rejet, haine ...

Il faut éviter la dissonance cognitive : celle-ci amène à poser des actes contraires au bon entendement. L'enfant prend de mauvaises décisions et s'efforce, lui seul, de les rendre positives. Il se construit une bonne conscience « il a de bonnes raisons » dit-il et il y reste accroché. Il peut vivre aussi un conflit de loyauté, il peut rester fidèle un certain temps aux deux parents mais finit par choisir, souvent, le parent gardien.

Il soutient le parent victime et se l'approprie. Il a un sentiment de puissance car il choisit, il décide ... Cette situation « normalise » son comportement.

Comment peut se comporter le parent éloigné ?

1). User de patience : « Ça peut s'arranger ? »

2). Il n'y a pas de temps à perdre. Toute action est bonne pour récupérer les enfants. Il se tourne vers la Justice.

3). Il cherche un autre moyen pour renouer le dialogue telle que la médiation familiale.

Dans ces deux derniers cas, il y a risque d'une réaction négative du parent aliénant qui provo­quera des retards dans la procédure - par des accusations graves, par exemple.

Prévention :

Organiser la séparation sans vouloir faire du mal à quiconque et surtout aux enfants. Se respecter mutuellement. Mais hélas, les comportements sont trop souvent tout autres.

Nouveau système d'intervention.


Par son sentiment d'impuissance dans la situation, le parent éloigné a intérêt à agir le plus vite possible. Les autorités judiciaires doivent l'encadrer par des conseils, des encouragements et prôner la médiation entre parents. Le premier signe d'un dérapage est la non-présentation des enfants les jours de visite.

Dès le début, à l'arrivée de la première plainte, le système judiciaire doit intervenir en dépêchant un commis de la guidance parentale, fonction qui demandera d'ailleurs une formation spécifique. Une rencontre avec les parents s'avère indispensable.

Voici un exemple d'entretien à tenir :

« Votre enfant n'a pas vu son père (sa mère). Pourquoi ? »

« L'enfant ne veut pas y aller. »

« Cela peut-il continuer ? »

« Non mais il faut comprendre » ou « ça ne me regarde pas s'il ne veut pas y aller »

« Cela est-ce souhaitable ? »

« Non, quand même pas ; alors comment faire ?»

« A-t-il un problème avec son père (sa mère) ? Allez le voir. »

« Voulez-vous collaborer pour trouver une solution ? En parler. »

Par leur engagement, les parents devront coopérer. Sans résultat, sera-t-il possible de distinguer d'où vient la mauvaise volonté ? La méthode permet de l'espérer.

Un rapport est dès lors présenté au Juge.

Le guide essaie de reconstruire avant d'accuser , il dialogue.

Le parent aliénant prendra peut-être son enfant comme témoin pour démontrer qu'il n'est pas manipulateur, il se défendra et cherchera éventuellement de lancer toute action extravagante ? Il n'empêche que le procédé est intéressant : il demande une collaboration aux trois pôles pour solutionner ce passage incertain et tout insuccès sera révélateur d'une mauvaise volonté voire d'une trahison de la part de l'un des trois.

Le site de Benoît VAN DIEREN est : www.separation-parentale.eu Il comportera sous peu les propos d'un Procureur sur une expérience menée à COCHEM (Allemagne) dont on dit grand bien.

Questions et commentaires après la conférence.


Les questions posées sont plutôt des narrations de cas, elles présentent les mêmes similitudes et découvrent ce phénomène d'aliénation.

La Justice s'y révèle mal préparée à recevoir ces dossiers. Les Magistrats constamment surchargés n'ont pas le temps de se rendre en formation....

On dit aussi qu'une évolution se fait jour, mais l'amélioration est très lente.

Des changements brutaux sont impensables dans notre société, ils ne seront vraiment bénéfiques qu' acceptés, plus tard, par une prochaine génération.

La garde alternée pourrait éviter une aliénation sévère, mais elle n'est pas la solution miracle, il faut chercher le meilleur moyen pour que l'enfant reste en contact avec ses deux parents et le critère le plus important est que ceux-ci collaborent pour le plus grand bien de l'enfant.

Le système « COCHEM » est succinctement exposé (voir le site cité ci-avant).

La médiation est souvent sabotée, ce à quoi Monsieur VAN DIEREN répond que son système est plus directif. Il appelle la collaboration et révélera la mauvaise volonté éventuelle. Retirer la garde à un parent est une solution judiciaire rarement bonne en pratique.

On entend ensuite des propos tels qu' « un psychiatre a mis une femme en garde contre son ex » (sans solution ?). « Le judiciaire n'est pas formé psychologiquement ».

Le harcèlement moral détruit aussi beaucoup les relations. Monsieur VAN DIEREN ajoute « l'enfant a des envies, des besoins (éducation), des désirs. Quelle est son opinion sur ses parents ? Il faut agir pour son intérêt. Or, envie et intérêt sont souvent fusionnés. »

Attention à l'enfant-roi, l'enfant juge...

C'est en train de bouger. Un colloque entre professionnels de trois pays francophones : France, Canada, Belgique aura lieu les 20 et 21 Mai 2005 à Bruxelles. Une prise de conscience se manifeste partout. Ce colloque sera publié sur le site cité.

Une interrogation conclut les débats : Le système belge actuel est-il mauvais ? Faut-il changer la loi ? Sera-t-il possible aux magistrats de se spécialiser ?
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