Papa, Maman, ... où est ma place ? - Ursula Kodjoe - Nov 2004
PAPA, MAMAN... OU EST MA PLACE ?


CONFERENCE DEBAT DU 17 NOVEMBRE 2004 Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix, Namur. Par Ursula KODJOE, PSYCHOLOGUE. Résumé réalisé par Lucien DERZELLE.

D'emblée Madame KODJOE nous parle des relations qui doivent subsister entre enfants et parents lors de la séparation de ceux-ci.

Plus de la moitié des enfants sont exclus d'un parent dans les pays européens.

Les relations entre les enfants et leurs parents séparés, doivent être poursuivies. Tout d'abord, des décisions doivent être prises au sujet de l'avenir des enfants. Les deux parents doivent s'impliquer malgré leur inimitié l'un envers l'autre. Les mentalités doivent changer même dans la population non concernée ; aujourd'hui, des parents séparés conservent chacun leurs amis, ceux-ci prennent fait et cause pour eux, les approuvent même dans leur acharnement à contrer l'autre... et on ne pense ni ne parle des difficultés subies par les enfants.

Si aucune entente ne se manifeste entre parents, ils doivent être aidés.

Les psychologues et institutions sont là pour cela. Les peurs, les mésententes entre institutions, les précautions (vie privée...), les surcroîts de travail ne peuvent être des obstacles à la recherche d'une solution pour recréer une ambiance d'entente et de décision à l'égard des enfants. Sinon, des procédures trop longues s'installent régies par les tribunaux, tout le monde y perd, surtout les enfants. Quel parent coopère ? Où est la vérité dans le discours des deux parents ? Tâchons plutôt de percevoir leur vécu et de rester neutre en face de leur histoire. Voilà les questions posées par les magistrats, voilà les dilemmes devant lesquels ils se trouvent.

Un parent quitte la maison avec ses affaires, sans explication. L'enfant se pose des questions, réagit, conclut : « Il (elle) ne m'aime plus ». Il devient pensif, triste. Le triangle maman, papa, enfants n'existe plus. Ceux-ci se sentent diminués, l'amour parental était donc bien caduc : « Je ne vaux donc rien ! » Ils deviennent agressifs, même avec le parent gardien.

Les visites au parent parti seront, s'il le faut, accompagnées d'un adulte proche, surtout au début. L'enfant aura moins peur. Une peur vaincue empêche une séparation qui pourrait devenir définitive. Les contacts ne doivent pas être interrompus avec la famille élargie, l'enfant doit toujours ressentir les mêmes attitudes de tous à son égard.

Lors de séparations de parents, chacun voit les défauts de l'autre, ainsi il se justifie, se donne bonne conscience. Cette attitude est à proscrire en face de l'enfant., il faut au contraire se mettre à sa place, participer à la joie et au bonheur que l'autre parent lui a procurés. Certains enfants paraissent forts mais veulent crâner, ils souffrent intérieurement, perdent confiance en eux-mêmes, ils sont un piège pour le psy. Normalement, chacun des parents apporte à l'enfant ce qui est nécessaire au développement de sa sensualité, de sa personnalité, sa formation même de futur parent. L'enfant lésé de cet apport vit le conflit et ne voit pas de solution. Il sera heureux s'il découvre que les parents se reparlent pour résoudre les problèmes, aussi bien les siens que ceux des grands.

Des séparations entre gens qui ne peuvent s'entendre sont normales dans les cas généraux, mais ici la présence d'un enfant doit changer la logique de raisonnement des grands.

L'enfant a besoin du contact des deux parents. Jusqu'à l'âge de 6 ans, il est égocentrique, se croit cause de tout et a honte pour ses parents séparés. L'absence du père pour une fille lui provoque une vision idéalisée du père souhaité. Elle répercute ses rêves sur l'ensemble des hommes, cela provoquera des tensions lorsqu'elle sera plongée dans la réalité. Rencontres et conversations entre parents sont nécessaires, les enfants espèrent et suivent cela de près, même s'ils n'y participent pas. Ils sont très prudents devant la justice et répondent à leur manière, le plus possible pour éviter de nouveaux conflits entre parents, sauf s'ils sont manipulés (S.A.P.). De plus, ils ressentent très fortement les émotions des adultes.

Une séparation des parents provoque une perturbation dans la vie de l'enfant. Le parent de garde est seul, l'enfant visitera l'autre parent, changera alors de milieu, d'activités, de comportement vis-à-vis de ce parent, l'éducation sera peut-être différente. Une entente entre les parents doit procurer à l'enfant une sérénité continue, le style de vie ne peut varier continuellement d'un point à l'autre, l'entourage, l'école, les copains, mieux vaut s'arranger pour garder tout cela. Les parents autoritaires ou trop laxistes n'arriveront pas à un bon résultat d'éducation, ils doivent permettre à l'enfant de réfléchir et de leur parler.

Un groupe de travail a été institué par Madame KODJOE voici 10 ans, il se réunit une fois par mois. Il est formé de juges, d'avocats, d'assistants sociaux . Par exemple, il adresse une demande de modifications de visite à la cour. L'audition est rapide, dans les cinq jours. Le juge contacté fait part des besoins de l'enfant aux avocats des parents, ceux-ci sont impliqués, donnent leurs conclusions aux avocats, lesquels présentent le résultat au juge. Le juge leur donne 3 mois pour s'arranger, sinon il prend des dispositions plus exigeantes. Tous les trois mois, il réévalue la situation et au bout d'un an, change la garde si nécessaire.

On constate donc un suivi dans la solution projetée et appliquée. Conversations et rapidité sont les grandes qualités de cette procédure.

Il n'y a pas de parents idéaux, mais malheureusement certains font des erreurs, bafouent les règles, décident eux-mêmes des visites, souvent unilatéralement. Le parent hébergeant est alors sous tension, l'enfant le remarque : « Toi tu n'as rien à dire ». La situation peut aussi se dégrader si un nouveau compagnon (ou compagne) habite avec un des parents séparés, celui-ci devra peut-être choisir, entre le nouveau compagnon (ou la nouvelle compagne) et l'enfant. Une jalousie peut s'installer, une grande prudence sera de mise, et il sera bon que l'enfant se retrouve de temps en temps seul avec son parent. Les visites seront régulières. Les enfants seront suivis s'ils sont tristes. Leur parler de la situation mais en termes choisis pour ne pas les blesser, ni blesser l'autre parent. Les deux parents devront suivre une même ligne de conduite dans l'éducation. Ils ne doivent pas, chacun de leur côté, offrir cadeaux, promettre des facilités afin d'attirer l'enfant exclusivement chez eux. Les jugements doivent absolument être respectés.

On constate aussi l'utilisation des enfants dans les conflits, on les traite comme des copains afin de prendre le dessus sur l'autre parent pour mieux les manipuler peut-être. On en revient ici, comme cité plus haut, à l'uniformisation de l'éducation à mettre en place par les parents.

Un enfant triste sera suivi psychologiquement. La famille élargie a son rôle...

Il ne fut pas question dans cette conférence du S.A.P. (syndrome d'aliénation parentale), d'autres documents en parlent suffisamment. Cette conférence a tenté de démontrer les lacunes des mauvaises ententes, des jugements mal respectés, des souffrances subies par les enfants mal accompagnés, rejetés psychologiquement, manipulés.

Conclusion

Aux questions posées après la conférence, on peut résumer la pensée de Madame KODJOE comme suit :

1) la mère garde son bébé, mais celui-ci doit voir son père trois ou quatre fois par semaine, un peu moins éventuellement après la première année. Le climat social de la famille élargie et d'amis sera bénéfique pour l'enfant dans sa croissance.

2) des parents qui se séparent doivent être prévenus, formés sur les attitudes à prendre vis-à-vis de l'enfant, ensuite la Justice doit donner des directives. Les juges seront formés, il faut s'adapter sur les plans professionnel et politique à l'évolution de la société.

3) le S.A.P. est attaqué, mais il faut le diffuser. Il n'est si bien compris que par les parents qui le vivent. Tous s'y reconnaissent, il dépeint ce qu'ils vivent, met en garde contre les dangers pour le futur qu'il explique et démontre par les études suivies de l'évolution de la société.

4) des groupes de travail s'organisent, une loi familiale européenne est à l'étude.

5) la garde alternée devrait être mieux acceptée pour les enfants de 3 à 14 ans.

Une conclusion optimiste fut émise par un père : « le mouvement CONTRE le S.A.P. va s'essouffler et je crois que nous pouvons compter sur toutes les autorités qui se penchent sur nous, parents, en reconnaissant les souffrances des enfants et des parents. »


Introduction à la conférence par Madame Masson

Voici, joint à ce résumé l'introduction que Madame MASSON, Présidente a lue avant l'exposé de Madame KODJOE - Namur le 17 novembre 2004

Bonsoir, Mesdames et Messieurs et bienvenue !

« Aide aux familles d'enfants victimes de toute maltraitance ». C'est notre but, et c'est la raison de notre décision en 2000 d'organiser des conférences d'information concernant la situation des parents dont le conjoint se livre à une manipulation de l'enfant, ou des enfants qu'ils se disputent lors d'une séparation du couple. Nous nous sommes vite rendus compte de l'horreur de cette manipulation qui devient vite odieuse et même criminelle quand on en vient à constater un jour l'ampleur des dégâts psychiques qu'elle cause aux enfants qui la subissent.

Je suis effondrée par le nombre de plus en plus important de parents désespérés qui viennent à nous, demander un conseil, de l'aide ou tout simplement en parler. Pourquoi nous ? Je suis saturée de travail, je panique en imaginant qu'un jour prochain nous ne pourrions plus faire face...

Pourquoi ce travail s'est-il ainsi amplifié ? Il n'a pas fallu longtemps pour comprendre, la situation est claire et inacceptable. Nous avons suffisamment d'éléments dans les dossiers qui nous sont confiés pour prouver que les Magistrats des Parquets jeunesse croulent sous le travail, qu'ils sont trop peu nombreux et mal secondés par des Services cependant créés pour les aider. Toutes ces personnes qui nous sollicitent s'en plaignent, et c'est très grave. J'estime qu'il est de notre devoir de dénoncer ces lacunes que nous découvrons, cela doit être su. Ne perdons pas de vue que l'évolution des enfants est beaucoup plus rapide que les procédures qui les concernent et qui devraient apporter une solution immédiate aux problèmes qu'ils vivent... Ces procédures qui s'allongent démesurément sont la cause de dégâts irréparables : comment voulez-vous obliger un enfant à revoir un père ou une mère dont il est séparé depuis 3, 5, 10 ans ou plus, et dont il n'a entendu que des calomnies... mais vous êtes bien placés pour le savoir !

Peut-être qu'un jour prochain, le Juge pourra refuser les remises constantes à des dates ultérieures de ces « affaires », remises sollicitées par les avocats ?

Ce préambule pour vous demander, Mesdames et Messieurs, qu'arnachée en institutions comme l'est notre Justice, si vous trouvez logique que nous soyons là avec nos centaines de dossiers ? Malgré la compassion et l'affection que j'ai pour eux, je voudrais que ces parents n'aient plus besoin de moi.

Maintenant vous allez comprendre pourquoi nous avons voulu vous présenter Ursula KODJOE.

Toutefois, avant de lui donner la parole, sachez qu'elle sera à Eupen le 19 novembre ou Héribert KRICKEL organise un colloque qui est une suite très intéressante à notre conférence : informez-vous auprès de Jeanine JOURDAIN et de Monique ROMAIN à l'entrée.

Le 8 mars de l'an prochain, nous aurons le plaisir de retrouver ici même, Benoît VAN DIEREN qui fait une étude formidable sur le processus qui mène à la rupture d'un lien familial et sur des pistes pour prévenir le mal.

Et le 29 mars, ce sera le Professeur Jean-Yves HAYEZ qui nous parlera du traitement belge actuel de l'enfant abusé. Nous n'oublions pas que toute maltraitance, même celle que nous appelons aliénation parentale, repose sur un abus, une manipulation.

Merci au Professeur Michel MERCIER qui nous permet ces conférences.

Eliane MASSON
Comments