“Où en est le SYNDROME DE L'ALIENATION PARENTALE (SAP) ?

Conférence par le Professeur Hubert Van Gijseghem
Psychologue, Expert psycho-légal, Professeur titulaire (retraité) de l'Université de Montréal

Namur, 3 Place Saint-Aubain - 9 avril 2011 à 14H.


La dernière conférence de Hubert Van Gijseghem pour la Mouette eut lieu en 2005, c’est la quatrième fois qu’il vient chez nous. Nous voici en 2011 et les discussions au sujet de l’aliénation parentale (A.P.) sont loin d’aboutir.

Le Syndrome d’Aliénation Parentale (S.A.P) n’est pas reconnu ni même connu par de nombreux professionnels de l'enfance dans d'autres pays (notamment par la Justice) même chez nous. Trois raisons sont évoquées ou implicitement agissantes contre une reconnaissance officielle :

- il n’est pas générateur de troubles mentaux.
- il génère des situations très émotives.
- le concept est combattu par nombre de cliniciens et praticiens.

Le D.S.M. ( manuel des diagnostics et statistiques)

Ce manuel met officiellement à jour la liste des pathologies après un examen approfondi des nouvelles, apparues soit par évolution, soit par découvertes. C’est un outil de référence pour des examens divers de cas probants par la Justice. Le DSM analyse, reconnaît et officialise l’existence de ces maladies.

La dernière parution du DSM date de 1994. Les auteurs avaient eu trop peu de temps pour prendre connaissance de la théorie de Gardner, le SAP. Monsieur Gardner n’est pas un chercheur connu, il publia à droit d’auteur et fut considéré comme « commercial ». Il fut mal accueilli dans le milieu des spécialistes et des auteurs.

Le prochain DSM devait paraître en 2010, mais ne sortira qu’en 2013. Le SAP sera-t-il reconnu à ce moment ? C’est peu probable.

La reconnaissance du SAP

La définition du SAP n’est pas bien comprise. C’est un trouble dont souffre l ‘enfant, soit par une campagne de dénigrement d’un parent systématiquement entreprise par l’autre parent, souvent non justifiée, soit par les particularités de l’enfant même. Ce dernier point serait plutôt seul retenu pour l’ admission dans le DSM.

Une reconnaissance par le DSM sera effective lorsque sources et remèdes, études approfondies, statistiques seront soumises à son examen . Le projet ne pourra comporter aucun signe d’aspect émotif, mais bien se présenter dans une élaboration prouvant au mieux le caractère tangible de l’existence de ces troubles.

Domaine de la recherche

On a cru améliorer l’appellation : c’est le trouble que ressent un enfant de par sa séparation d’un de ses parents (un rejet de ce parent par l’enfant peut même s’installer). Cela peut être un grand progrès pour l’agrémentation par le DSM car aucune faute n’est imputée à l’un des acteurs. Malgré cela, Kelly, l’auteur de cette recherche ne présente pas son travail au DSM. « Il ne convient pas », dit-il. De plus, aucun accord ne prend forme parmi les scientifiques, c’est une compétition parfois malveillante. On semble toutefois se diriger vers cette conclusion :

- L’enfant s'aligne sur les dires d'un parent.
- L’enfant rejette l’autre parent sans justification.

Et cela sans lien causal entre les deux états.

C’est une nouvelle définition avec, déjà pour appui, des critères décisionnels, pour la plupart, écrits par Gardner :

a) L’enfant choisit un parent.

b) Il rejette l’autre parent.

c) Son comportement : campagne de dénigrement persistante. Il dit même des absurdités.

d) Existence d’au moins deux critères parmi :

1) Manque d’ambivalence.

2) Penseur indépendant.

3) Soutien du parent aimé.

4) Absence de culpabilité.

5) Scénari empruntés.

6) Toute la famille du parent rejeté y passe.

e) Durée de ce comportement : au moins deux mois.

On ne voit pas les détresses de l’enfant. Il se sent très bien, mais attention…! L’aspect injustifié du rejet doit être examiné de manière approfondie.

Diagnostics et statistiques

D’après Van Gijseghem, 3 à 4% des enfants sont aliénés, d’autres le disent moins. Aux USA, 10% des enfants souffrent du SAP, 60 % des divorcés ont des enfants de moins de 10 ans.

Faut-il entrer le terme « trouble » dans la dénomination de l’AP ? ou encore, faire ressortir les problèmes relationnels ? Une description scientifique de l’analyse aurait plus de chances d’être acceptée pour le classement dans le DSM.

Pour la Justice, cela est primordial. Causes et effets doivent être bien déterminés pour elle. Le Juge se basera sur des écrits officiels. Les Cours de Justice américaines et anglo-saxonnes sont très exigeantes sur le concept de classification. Celui-ci doit aussi faire une certaine unanimité dans le domaine scientifique. Ce n’est pas le cas au sujet du SAP, les opposants sont très actifs mais il n’y a pas assez de recherche sur le sujet. De plus, il faudrait que l’on puisse déterminer le taux d’erreur du diagnostic, voire des statistiques. Peut-être, le sujet ne se prête-il pas à des débats rationnels, le côté émotif est trop perçu et cela ne plaît pas.

Les fausses allégations sur le « sexuel »

« Un enfant ne ment pas » « Il faut poursuivre tous les faits sexuels dévoilés ». Voilà ce qu’on pensait, ce qui a amené des actions sur les plans judiciaire et psychologique. Il fut nécessaire de tempérer ces injonctions car des erreurs ont été commises. 50 % des enfants de moins de 10 ans disent n’importe quoi, ils ne mentent pas mais affabulent. Le SAP sert d’agent vecteur dans les allégations de faits sexuels.

On a dit qu’on voulait protéger des pères, comme si, sensément, ils étaient toujours coupables… et aussi que l’AP était un concept sexiste. L’aliénant est la mère dans 75 % des cas, mais elle est très souvent gardienne. On ne peut donc tabler sur une telle statistique. Les groupes féministes voulaient maintenir les premières idées. Ils avaient bien travaillé pour amener l’égalité des sexes, mais n’acceptent plus l’égalité dans les séparations de parents.

La garde alternée

Les enfants sous garde alternée ont moins de problèmes. Les recherches effectuées concluent en ce sens. Certains praticiens rejettent les théories modernes et les progrès de la recherche. Ils font beaucoup de tort.

L’enfant ne doit pas perdre le contact avec l’autre parent ou alors il risque de subir un problème identitaire. « Qui suis-je ? ». Ses piliers sont papa et maman ( la garde alternée ). Il risque de graves problèmes de comportement. Il a deux parents. Si l’enfant dit à son père, par exemple : « Tu es un mauvais » . Il s’agit d’un « parricide psychologique ».