Les relations entre grands-parents et petits-enfants (2ème partie)



Les relations entre grands-parents et petits-enfants (2ème partie)

Résumé, par Mme Yolande Deleu-Cools, de la conférence donnée Ie 18 février 2003, dans Ie cadre des Après-Midi Culturels, par Ie Docteur Jean-Yves Hayez, responsable de l'Unité de Pédopsychiatrie aux Cliniques Universitaires Saint-Luc, Professeur à la Faculté de Médecine de I'UCL.

Au-delà de l'ordinaire

Certains grands-parents très proches géographiquement et spirituellement, sont amenés à intervenir dans des cas difficiles et à apporter coopération et soutien aux petits-enfants et à leurs parents.

Par exemple:

- les alliances, les solidarités et coopérations autour d'un enfant en difficulté (prise en charge en commun d'un enfant hyperkinétique
ou d'un petit autiste) ;
- remplacement d'un parent détaillant tout en gardant un lien avec Ie parent en difficulté ; parent dépressif, parent trop jeune
(17-18 ans) ;
- remplacement de parent(s) décédé(s) ;
- " coup de main" de crise si les parents se séparent.

Grands-parents, sources de conflits

- Lorsqu'ils n'acceptent pas la compétence ni l'autorité des
parents.

Par exemple, en déclarant, un sourire sardonique mal dissimulé : " Chez nous, il a mangé de tout ... ". Que fait la maman dans
ce genre de situation? Elle en veut à l'enfant parce qu'elle se sent trahie par lui et elle s'enerve. Alors l'enfant se met encore
plus dans les bras de sa mamy si gentille. Le résultat : il y a une souffrance dans Ie lien parents/grands-parents mais aussi chez
I'enfant, qui ne peut l'exprimer, mais se rend compte qu'il blesse sa maman. Cependant, il ne changera pas d'attitude vis-à-vis
d'elle, au contraire, et la grand-mère continuera à soi-disant triompher. Celui qui paie les frais, c'est l'enfant. C'est son épanouissement qui est mis en cause.

- Lorsqu'ils veulent posséder l'enfant.

On essaie de le prendre aux parents. On le cajole. On l'achète par des cadeaux. Et I'on crée un problème similaire au premier cas, car l'enfant va du côté du plus offrant. Mais il se sent coupable et devine qu'il y a quelque chose de trouble dans tout cela. Cet enfant ne restera pas fidèle à ses grands-parents. Les enfants qui gardent des liens profonds avec leurs grands-parents sont ceux qui ont été respectés et qui ont vu leurs parents respectés.

- Lorsqu'ils font des différences injustes entre les enfants.

Autre chose que des petites différences qui font partie de la vie. Mais n'avoir d'yeux que pour l'aîné, la seule fille, celui qui réussit
le mieux à l'école, comme c'est blessant pour tous les autres et pour leurs parents. Les grands-parents sont invités à être justes.
Une nouvelle fois, I'enfant préféré paiera la note car il se sentira coupable de s'être laissé acheter et d'amener tant de souffrances autour de lui !

Rupture entre parents et grands-parents

La rupture est souvent Ie point d'orgue de toute une vie de relations conflictuelles. Résultat : les grands-parents sont privés de
contacts positifs avec les parents, de voir comment la famille de ceux-ci évolue ; ils n'ont plus la joie de faire la fête avec leurs petits-enfants. Et la réciproque est vraie même si certains parents font semblant de n'y attacher aucune importance.

II est rare que ces situations éclatent " de rien " lorsque les parents sont déja bien installés. La porte claquée est Ie résultat de relations difficiles depuis toujours. C'est Ie geste de ceux qui ne se sentent pas reconnus, appreciés. Et qui, au contraire, ont l'impression d'être niés dans ce qu'ils sont. Mais les grands-parents peuvent se sentir niés aussi. Les ruptures sont souvent immensément douloureuses.

Trois réactions sont possibles :

- la soumission :

" C'est comme cela et je vais dépenser mon argent pour oublier."

- le bras de fer :


La loi garantit un droit de visite aux grands-parents et ceux-ci peuvent s'adresser au juge de la jeunesse, pour le faire respecter.
Mais même si celui-ci accorde le jour de visite mensuel tant espéré, rien n'est arrangé dans Ie fond des coeurs de chacun : l'enfant est oblige de circuler entre des mondes qui continuent à se détester et quoiqu'il fasse, il se sent traître et anxieux.
Pourtant, s'il n'existait que ces deux choix, exiger de voir reconnaître ses droits est" un peu moins pire " que la soumission. Car la soumission c'est montrer aux enfants que leurs parents sont tout-puissants. S'il n'y a pas moyen de faire autrement que procéder par voie judiciaire, il faut accepter de ne voir ses petits-enfants que deux au trois fois par an. Ne pas les mettre chaque semaine dans le conflit, car ce sont les plus faibles qui font les frais de la situation.

- Une position d'humilité et de souplesse :

II faut que quelqu'un, le plus sage, enterre la hache de guerre. La sagesse, c'est d'essayer de se parler, peut-être de demander pardon pour des injustices qu'on aurait commises. Renouer des relations positives. Quand on y parvient, quel splendide message
de vie - celui du pardon et de la reconciliation - transmis aux
enfants!

Quand le couple des parents se sépare

A quelques exceptions près, les grands-parents soufflent à l'unisson du parent qui est leur enfant. lis l'accueillent mais parfois
en profitent pour mettre Ie grappin dessus par une reprise de possession. C'est surtout Ie cas lorsqu'ils n'avaient jamais vraiment
accepté I'autonomie du parent en question même lorsqu'il était en couple, et des grands-parents possessifs en profitent pour infantiliser à nouveau une maman jeune, sous prétexte qu'elle est un peu déprimée, en la recueillant à domicile et en mettant beaucoup d'huile sur Ie feu contre " l'ex ". Ceci ne veut pas dire qu'il ne faut pas aider : dans un moment aussi difficile, le parent a bien besoin de pouvoir souffler, d'être écouté, partois même d'être soutenu financièrement ou matériellement.
Mais iI faudrait pouvoir Ie faire sans dolorisme, sans envenimer et en cherchant avec lui des solutions de vie au il retrouvera
petit à petit son autonomie.
Bien sûr, comme les grands-parents souffrent souvent de voir souffrir le parent - leur enfant! -, il ne leur est pas toujours facile
d'écouter dans la discrétion, sans en remettre : ils sont tout naturellement hypersensibles quant aux manquements de " l'ex ",
et un peu aveugles sur ceux du parent qui vient pleurer dans leurs bras.
Mieux vaut pourtant qu'ils restent nuancés, et ceci, surtout quand ils se mettent à penser aux intérêts profonds des petits-enfants.
L 'intérêt de ceux-ci est rarement superposable à ceux des adultes, qui doivent pouvoir exprimer leur déception et leur agressivité...
mais, si possible, pas devant les enfants ! Dans Ie contexte de la séparation, les enfants sont insécurisés. lis se sentent coupables, car fréquemment il y a eu des bagarres à propos de leurs bêtises et de leur éducation.

lis n 'entendent pas souvent dire du bien du parent absent. Un garçon qui entend dire beaucoup de mal de son père, et donc de la masculinité dont il est issu, aura des sentiments d'infériorité. On a constaté que des garçons intelligents ne pouvaient réussir leurs études. Une des raisons en est qu'ils avaient entendu dire tout Ie temps du mal de leur père, " ce bon à rien ". Le fils d'un bon à rien ne se sent pas d'une très grande valeur.

Tout en sachant qU'il y a des situations difficiles, dans la moyenne des cas, les grands-parents gagneraient en faisant preuve de
discrétion.

En aidant les parents séparés à se tourner vers I'avenir, même s'iI y a lieu de procéder.
En écoutant l'enfant, en le laissant parler de l'autre parent voire de son sentiment de culpabilite. Position d'ecoute si precieuse.
Aide attentive pour que I'enfant ait toujours un contact positif et avec son père et avec sa mère. (1) Et savoir accepter que I'enfant
se taise s'iI a des choses trop intimes qu'il garde pour lui, notamment a propos de ses visites à " l'autre " parent.

5e posera partois ultérieurement l'accueil d'un nouvel enfant, de beaux enfants à partir d'une famille reconstituée. II faudra savoir les accepter, même si on n 'a pas pour chacun la même préférence spontanée. Nous sommes invités à un devoir de justice et d'accueil.

Les arrière-grands-parents

Certains sont encore en bonne forme intellectuelle, physique ... en plein milieu d'un troisième âge rayonnant. lls sont toujours heureux d'avoir des relations avec les aînés des petits-enfants. Mais pour beaucoup, arrive progressivement Ie quatrième âge,
celui de la fatigue, du besoin de repos, des pertes répétées de mémoire et d'autres facultés. Et vient le temps de la maladie, de
la mort.

C'est un devoir d'entretenir une reconnaissance filiale intergénérationnelle. Et les petites visites d'amitié qui leur font bien plaisir sont à demander à tous, même aux ados. C'est sans importance si, pendant ce temps, ceux-ci regardent la télévision. Il reste une présence amicale, de part et d'autre.

Les arrière-grands-parents devront accepter que souvent ils ne représentent plus autant en intensité affective. lis deviennent plus lointains pour leurs arrière-petits-enfants. Leur satisfaction devrait être de pouvoir se dire " mission accomplie. "

Une histoire

C'est l'histoire du petit garçon qui est bossu et ne le sait pas.

Quand j'etais petit, mes parents m'adoraient et surtout ma grand-mère. J'etais déjà comme je suis, naturellement, mais, moi, je ne le savais pas. La bosse, c 'est traître : ça vous vient par derrière, on ne la voit pas. Chez les paysans, il n'y a pas d'armoire à glace. On se voit dans les yeux de sa mère et, naturellement, on s'y voit beau.

Et puis, un jour, un voisin qui était très gentil m'a dit: " Oh, le joli petit bossu !" J'ai demandé à ma grand-mère: " Qu'est-ce que c'est un bossu ? " Alors elle m'a chanté une vieille chanson: " Les petits bossus sont des petits anges qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. Voilà Ie secret des petits bossus. "

Moi, jusqu'à dix ans, je l'ai cru. Je croyais que les ailes me pousseraient. Et souvent ma grand-mère me chantait la chanson qui était beaucoup plus longue que ça.

5eulement, les grands-mères c'est comme les mimosas: c'est doux et c'est frais mais c'est fragile. Un matin, elle n'était plus là.

Une bosse et une grand-mère cela va très bien. On peut chanter. Mais un petit bossu qui a perdu sa grand-mère c'est un bossu tout court. Marcel Pagnol.

Résumé approuvé par le Professeur Jean-Yves Hayez.

(1) - Ceci est une règie de conduite générale. II existe quelques cas, bien sûr,ou " l'autre parent" a vraiment démérité vis-à-vis des enfants, voire les néglige et ne veut plus les voir. Mais il faut toujours être des plus prudents avant d'affirmer qu'il en est ainsi : si l'on se trompe ... c'est à l'enfant que l'on nuit...
Jean-Yves HAYEZ
Unite de pédopsychiatrie,
Cliniques universitaires Saint-Luc
Le début de ce résume est paru dans Ie précédent
numéro du REPERES (mars 2005)
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