LES RELATIONS ENTRE GRANDS-PARENTS et PETITS-ENFANTS - Jean Yves Hayez

Conférence du 06/11/07 par le professeur Jean Yves Hayez. Résumé réalisé par Lucien Derzelle.


Evolution :
Si l'on compare les façons de vivre actuelles avec celles antérieures de 50 ans, on constate une modification dans les relations parents-enfants et par là, grands-parents petits-enfants. Les générations différentes, souvent, cohabitaient, favorisant les relations, même si parfois tendues, qui créaient une uniformité de comportement dans le respect et l'exemple. Actuellement, les familles se dispersent, les couples recherchent leur indépendance, les distances ne forment plus obstacle. Les moyens de transport, de communication contribuent aux échanges fréquents. Les grands-parents restent actifs, deviennent même arrière grands-parents dans de bonnes conditions. Leur mission sociale de gardiennage ou d'éducation s'amenuise, mais ils veulent transmettre de l'amour à leurs petits-enfants car ils comprennent l'importance de la famille, tout en admettant les diversités d'opinions éventuelles.

Epanouissement :
Les grands-parents reconnaîtront l'indépendance de leurs enfants devenus parents. Mais ceux-ci demandent de l'aide soit financière, soit morale, soit pratique, une garde passagère des petits... Les grands-parents doivent rester disponibles mais non corvéables à merci, ils ont aussi besoin de repos et de distractions. L'aide qu'ils apportent est une garantie de leur reconnaissance des bonnes dispositions du jeune ménage, particulièrement durant certaines périodes de l'année comme par exemple la garde des petits-enfants pendant les jours de vacances où les parents travaillent.

Les parents ont autorité sur leurs enfants, les grands-parents le savent et doivent l'admettre. Toutefois, ils interviendront avec tact en face de certains comportements. Ils garderont parfois des secrets des petits-enfants, des liens s'établissent. De trop grandes complicités peuvent néanmoins amener des conflits avec les parents. Le comportement des petits-enfants est souvent différent chez les grands-parents. Une confiance s'installe, les grands-parents veillent, parlent adroitement et resteront toujours prudents dans leurs interventions car ils ne peuvent se substituer aux parents.

Ceux-ci sont les premiers éducateurs, sauf dans les cas où le juge est intervenu.
 (Un bon livre : Les racines et les ailes d'Abigniente - Ed. De Boeck)

Fonctions :
Les grands-parents gardent et transmettent la tradition.

Ils maternent, sourient, applaudissent, jouent avec les petits, sont patients. Tout cela est bien, mais parfois ces enfants se sentent plus importants et prendraient le dessus. Il faut donc rester dans un juste milieu. Si les grands-parents constatent une difficulté chez un petit-enfant, ils ont le devoir d'intervenir par la conversation, la mise en confiance. On attend aussi d'eux la transmission de l'histoire de la famille, quelle était la vie d'autrefois, ce qu'ils ont connu.

Les deux couples de grands-parents doivent être considérés en importance égale par les petits-enfants, c'est un enrichissement de les rencontrer tous. Les réunions de famille sont prisées par les enfants, ils y apprennent beaucoup de choses. La valeur de la vie, les comportements, la vie spirituelle... s'enseignent dans les petits faits quotidiens ; les petits-enfants perçoivent tout cela facilement, surtout chez les grands-parents, toujours prêts à aider et à s'accommoder. L'un est plus gâteau que l'autre ? Pourquoi pas si le respect prime toujours dans les relations. C'est chouette la solidarité entre générations, elle se manifeste d'autant plus lors de maladies, difficulté de travail scolaire, lenteur de l'enfant.

La patience des grands-parents sera toujours bienvenue.

Naissance de conflits :
Trop de gâteries chez les grands-parents peuvent être néfastes, les comparaisons aussi comme par exemple « les enfants mangent mieux chez nous que chez vous ». La maman se fâche et l'enfant est perturbé. Ils ne doivent pas insister pour toujours prendre les enfants chez eux ou pour prolonger les gardes. Ils doivent traiter les petits-enfants sur un même pied d'égalité, même ceux arrivés dans une famille recomposée.

Malheureusement, des événements contrariants peuvent amener une rupture. Les parties se séparent, souffrent, les petits-enfants se posent des questions et ne comprennent pas.

Réactions :
a) Les grands-parents se soumettent et essaient d'oublier cette situation pénible.

b) lls réagissent par le biais de la justice : droit de visite, organisation de rencontres, mais rien ne s'arrange de manière profonde, où sont les joies et les jeux d'antan ?

c) L'humilité : se remettre en question par consultation éventuelle chez un psy. Demander pardon si des actes posés involontairement ont pu blesser l'autre.

Le point a) conforte les parents dans une position de dominateur, ce qui n'est pas bon.

Responsabilité des grands-parents quand le couple se sépare :
Les grands-parents écoutent leur propre enfant et en profitent pour le posséder à nouveau. Ils médisent l'autre parti. L'aliénation parentale s'installe. Il faut aider cet enfant et donc les petits-enfants, mais ils doivent penser qu'ils repartiront un jour et leur laisser leur liberté. Les petits-enfants ne peuvent assister aux commentaires et discussions des grands au sujet de la situation. Objectivement, les torts sont souvent partagés, la discrétion et la prudence sont de rigueur.

Les grands-parents pourront expliquer aux enfants ce qui se passe par des mots prudents, choisis. Ces petits-enfants ne peuvent pas se sentir fautifs de cet état de choses. Il faut assainir leurs pensées. Ils seront peut-être tristes, pensifs, les grands-parents ne pourront rater leur intervention, leur rôle sera délicat mais bienvenu.

S'étendre sur les causes de la séparation, accabler le parent parti, chercher et penser trop aux raisons n'apporteront qu'amertume, animosité et ressentiment. Il faut éviter ces

comportements surtout devant les petits-enfants, ceux-ci ne peuvent souffrir d'une vie déjà remplie de doutes et de problèmes.

Nous ne résistons pas au plaisir de reprendre ici deux historiettes trouvées sur le site du Professeur HAYEZ. Il s'agit du « petit bossu » de Marcel PAGNOL et l'hommage de Bernard à sa grand-mère.

1. C'est l' histoire du petit garçon qui est bossu et ne le sait pas.

Quand j' étais petit, mes parents m 'adoraient et surtout ma grand-mère.

J'étais déjà comme je suis, naturellement, mais, moi, je ne le savais pas. La bosse, c'est traître : ça vous vient par derrière, on ne la voit pas. Chez les paysans, il n' y a pas d'armoire à glace. On se voit dans les yeux de sa mère et, naturellement, on s 'y voit beau.

Et puis, un jour, un voisin qui était très gentil m'a dit : « Oh, le joli petit bossu ! ». J'ai demandé à ma grand-mère : « Qu'est-ce que c'est un bossu ? » alors elle m'a chanté une vieille chanson : « Les petits bossus sont des petits anges qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. Voilà le secret des petits bossus ».

Moi, jusqu'à dix ans, je l'ai cru. Je croyais que les ailes me pousseraient. Et souvent ma grand-mère me chantait la chanson qui était beaucoup plus longue que ça.

Seulement, les grands-mères c'est comme les mimosas : c'est doux et c'est frais mais c'est fragile. Un matin, elle n'était plus là.

Une bosse et une grand-mère, cela va très bien. On peut chanter. Mais un petit bossu qui a perdu sa grand-mère c 'est un bossu tout court.

Marcel PAGNOL.

2. Texte de (et lu par) Bernard en hommage à Grand-Maman le vendredi 24 juin 2005.
Grand-maman, pour beaucoup d'entre nous, tu es notre Mamy de la mer, à tous. Qui ne connaît pas la cabine accueillante de Grand'Maman à la plage ? Qui ne connaît pas les fleurs en papier de Grand'Maman ?

Tous les enfants de Wenduine en ont une chez eux : ça valait de 1 'or ! Grand'Maman était une grande couturière, même en papier.

Tu as crocheté, cousu, reprisé, fait des robes de mariées.

Tu nous as tricoté des pulls à tour de bras.

Grand'Maman, tu as été une vraie mère comme on n'en fait plus pour ton fils, ton Guy, mais tu es aussi notre mère à nous tous, tes cinq petits enfants chéris.

Tu nous as habillés, chaussés, coiffés, cuisiné de bons petits plats, ... et surtout... aimés. La montre que j 'ai sur moi, tu me l'as achetée il y a 20 ans à Wenduine.

Le noeud de cravate que j 'ai fait ce matin, c 'est toi qui me l'as appris devant une glace. Je joue au tennis tous les lundis depuis que j 'en ai pris le goût à Wenduine.

Tu étais une mère pour nous, mais aussi un père : tu étais notre Père Noël.

Tu étais aussi notre Saint Nicolas, tu étais nos vacances, tu étais tout.

Tu avais une oreille attentive comme un brise-larmes,

Tu avais le coeur gros comme une immense dune,

Tu avais mille et une attentions tendres, comme des milliers de grains de sable ; Je ne suis pas sûr que tout ce sable, même en le tassant bien,

On parvienne un jour à le faire entrer dans nos tout petits coeurs.

Il ne faut pas croire qu'on parle seulement de son jeune temps :

Grand'Maman était bien elle jusque tout au bout.

Une vraie force de la nature, et un coeur d'or sous un caractère bien trempé,

A plus de 95 ans, elle habitait toujours chez elle, selon son désir.

Etait toujours tirée à quatre épingles, lisait beaucoup, nous enregistrait des vidéos.

Elle allait encore sur le pallier d'en face encourager sa voisine, voyageait, faisait toujours ses valises pour aller à la côte belge l'été, elle faisait toujours des fleurs en papier - pour ses arrière-petits-enfants cette fois.

Grand'Maman, tu adorais les fleurs : les vraies, les fausses, et toutes les autres. Grand'Maman tu étais notre magasin de fleurs. Mais pas seulement de fleurs : tu étais aussi notre magasin de jouets.

A plus de 95 ans, tu avais toujours, chez toi quelque part, dans un tiroir, une armoire, une cachette secrète, un petit cadeau bien personnel à offrir à chacun pour chaque circonstance. Mais ta petite cachette secrète, c 'était surtout ton grand coeur.

Grand 'Maman,

Merci pour tout cela, et puis tout le reste. Merci pour toi. Si quelqu'un a bien mérité de se reposer, c 'est bien toi. Va en paix à présent.

Questions et réponses :

Q.-Par l'instauration de la garde alternée, on dit que des grands-parents ne savent plus garder les enfants, mais auparavant, la répartition entre les grands-parents n'était pas égale non plus. Certains grands-parents étaient peut-être évités...

R.-Evités à cause de rancoeur envers les parents ? c'est préférable. Mais il y a plus : par exemple l'abus sexuel du grand-père sur sa fille quand elle était jeune, celle-ci continue d'en souffrir. Les petits-enfants doivent être séparés de ce grand-père. Ici, il n'y a pas de droit des adultes.

Q.-Un grand-père sur qui plane de fortes suspicions est condamné alors qu'il est innocent. Doit-il être privé des rencontres avec les petits-enfants ?

R.-Oui, dans les cas de fortes suspicions.

(Ici le dialogue débouche sur l'affaire d'Outreau : en Belgique les erreurs judiciaires sont très rares, mais beaucoup d'enfants ne sont pas écoutés.)

Dans un autre ordre d'idées, le conférencier donne la priorité à l'action de la médiation plutôt qu'à l'intervention de la justice.

Q.-Les enfants peuvent souffrir d'une situation recomposée. Que faire ?

R.-Voir le site dans « texte - mots-clés : grands-parents » Un bon nombre de séparations sont regrettables, décidées à la légère. L'enfant se sent délaissé, devient instable. Une séparation est parfois nécessaire et si le projet d'une recomposition aboutit à une situation stable, l'enfant peut se sentir mieux. Le rôle des grands-parents est important dans ces cas, ils doivent toujours être discrets.

Q.-Si les grands-parents ne veulent plus voir un ado...

R.-Il ne faut pas mendier de l'amour, il peut pousser un coup de colère, mais on peut aussi pardonner et demander une médiation. Pas de situations arrêtées, sauf cas très spéciaux.

Q.-Est-ce bon de voir les petits-enfants à la sortie d'école sans leur parler car on ne le peut ? Pas de médiation possible. Ni violence, ni viol.

R.-A l'insu des parents, non. S'ils le savent, cela dépend comment ils en parlent à leurs enfants. Par exemple : « Ils ne cèdent pas, mais nous non plus » fait du tort aux enfants. Si le bras de fer » se prolonge, ce n'est pas bon.

-Nous voulons montrer que nous ne sommes pas indifférents à leur égard.

-Oui, mais peut-être un fils, une fille attend un signe de la part des grands-parents. Il faut bien que quelqu'un commence.

Q.-Les grands-parents ont une grande importance dans ma vie, mais je ne les ai pas connus.

R.-On peut être heureux si l'on parvient à s'adapter à certaines situations, mais rien ne remplacera la présence positive. Parfois, on marque le pas mais il faut trouver la position équilibrante. Il arrive qu'un conflit accompagne toute une vie, qu'y faire s'il le faut...

Q.-Faut-il dire aux petits-enfants que les grands-parents sont exclus du milieu familial ?

R.-Ne pas dire que tout va bien, mais plutôt qu'il y a une mésentente (passagère ?), mais qu'on n'en parle pas pour le moment.

Cette version est meilleure car elle dit la vérité.

Q.-Un enfant de 9 ans subit l'aliénation parentale. Il rejette les grands-parents paternels, on respecte son choix, il ne les voit plus durant 2 ans. Les grands-parents maternels ont favorisé une reprise de contact réussie. Le papa revoit un peu son fils. Celui-ci est élevé chez les grands-parents maternels.

R.-Ceux-ci agissent bien. Il faut continuer ainsi, mais surtout pas de harcèlement continu pour le revoir. Ils ont respecté son statut d'enfant-otage, c'est bien. Il faut utiliser la prudence. Les grands-parents paternels ont fait un travail sur eux-mêmes, c'était bon mais dur et cela a permis leur attente.

Il faut continuer ainsi avec délicatesse.