Le syndrôme de l'aliénation parentale

CONFERENCE par le Dr Wilfrid von Boch Galhau.
Organisé par "La Mouette Belgique » à l'IRSA, Uccle le 19 février 2003.
Résumé réalisé par Lucien DERZELLE.


Introduction

Dans les milieux de psychothérapie, deux groupes de patients sont en augmentation.

1° Des enfants devenus adultes qui ont été séparés d'un de leurs parents divorcés.

2° Des pères, en majorité, qui ont perdu leur (s) enfants (s) lors de leur séparation d'avec leur conjoint.

Un travail est paru à ce sujet par B.A. Van der Kolk, A.C. Mc Farlane, L. Wersacht et un arrêt de la Cour Européenne des droits de l'homme a attiré l'attention publique sur cet état de fait. Les juges, les offices de jeunesse, les experts, les services de conseil et les médecins pédiatres, psychiatres, doivent intervenir à temps et tenir compte des conséquences de non-intervention ou d'un manque de prévention.

Le livre de Gardner (PAS) est maintenant de plus en plus connu, il amène des débats parfois contradictoires mais constructifs. Aux yeux des canadiens et américains, le PAS est un état de fait justiciable.

Développements et résultats dans le domaine de la séparation et du divorce, et de leur impact sur les enfants.

De plus en plus de couples se séparent, cela représente un potentiel énorme d'affliction pour les deux partenaires et pour les enfants. Le développement de l'individu et de la société est en danger car on arrive à la proportion 1/3 de couples séparés, voire même 1/2 dans les grandes villes des pays fortement modernisés. Deux ans sont nécessaires à une grande partie des enfants de parents divorcés pour s'adapter à la nouvelle situation, mais 1/3 des enfants doivent s'accommoder d'une lésion considérable de leur développement à moyen et long terme.

Cela peut entraîner :

- un risque accru de maladies psychiques et psychosomatiques

- des problèmes relationnels et de vie en couple ultérieurs

- un accroissement de la délinquance

- un risque accru de suicide

Les études en cours sur les familles concernées montrent déjà combien nécessaires sont les relations deux parents-enfants. Le maintien de celles-ci après la séparation évitera bon nombre de problèmes d'ordre comportemental et psychique.

L'absence d'un père porte à conséquence chez les enfants et même jusque dans leur vie d'adulte où l'on observe parfois des tentatives de suicide.

La recherche est récente dans ces domaines, mais les conclusions en sont déjà assurées, on en découvre la gravité aussi bien pour l'individu que pour la société.

Une loi a été votée en Allemagne et la Cour Européenne des Droits de l'Homme agit dans le même sens d'une adoption de quatre conséquences :

1° Les contacts affectifs et relationnels qu'ont les enfants avec leurs deux parents doivent continuer après la séparation.

2° Ce maintien ou un rétablissement des relations joue un rôle primordial dans le développement sain de l'enfant.

3° Le bien-être psychique et moral de l'enfant implique la fréquentation des deux parents et des autres personnes avec lesquelles il avait des liens affectifs.

4° L'enfant a le droit de les fréquenter, et ceux-ci ont le droit et le devoir de rester en contact avec ces enfants.

Pour garder des conditions de vie similaires, l'enfant doit être logé auprès du parent qui respecte le mieux les relations avec l'autre parent, et même qui les encourage.

Pourquoi est-il si important pour l'enfant d'avoir ses deux parents ?


L'enfant porte en lui les éléments des deux parents. La recherche sur le père a prouvé l'importance de celui-ci. C'est une relation à trois. L'enfant reste attaché à sa mère sa première année, mais vers trois, quatre ans, il s'en détache un peu et va vers son père.

C'est un besoin essentiel pour le développement de l'enfant. Si le père n'est plus là, l'enfant reste attaché à sa mère, ne perçoit plus la relation du"triangle". Le complexe de symbiose non résolu peut amener de nombreuses maladies à l'âge adulte, des névroses d'angoisse, troubles du comportement, etc...

On peut dire et on le constate, les garçons comme les filles, ont besoin de l'aide et de l'exemple de leur mère et de leur père pour pouvoir développer une identité masculine ou féminine, un concept de soi et un comportement affectif et relationnel stable.

L'enfant est bouleversé de ne plus voir l'un de ses parents. Il se culpabilise même. Cet état néfaste agit d'autant plus si cette perte est programmée par l'autre parent, soit par entêtement acharné, soit par insinuations légères mais répétées. Même à long terme, la déstabilisation s'accentue, cela n'est pas toujours perçu par l'entourage. Il s'ensuit un manque d'interventions psychologiques immédiates et cette blessure ne guérit pas. Un psychanalyste viennois a écrit un livre très recommandable à ce sujet (H. FIGDOR « Kinder aus geschiedenen Eben : Zwischen Trauma und Hoffnung » - Mainz 1992).

Les parents qui se séparent doivent absolument penser aux besoins psychologiques et affectifs de leurs enfants. Ils restent tous deux parents et même si la séparation est très douloureuse et se fait dans de mauvaises conditions, une entente doit subsister pour le bien des enfants. Il y va de leur santé morale et de leur comportement pour toute une vie.

Que se passe-t-il en cas de syndrome d'aliénation de parents ?

PAS signifie "Syndrome d'aliénation parents-enfants" ou syndrome du parent adversaire .

PAS est généré par un ou les deux parents par des actions de manipulation et de programmation. On en arrive à ce que l'enfant pense : « Je vis avec le bon, donc je ne veux plus voir l'autre, il est mauvais. »

PAS est reconnu dans la classification des maladies et la Présidente de la fondation PAS aux U.S.A. dit même que le processus psychologique sur lequel repose l'aliénation ressemble à celui employé dans les systèmes sectaristes et même en cas de prise d'otages (syndrome de Stockholm).

Attention, des refus d'enfants d'accepter la fréquentation ou le contact avec un des parents ne relèvent pas toujours d'un cas PAS. Il faut donc bien analyser le comportement afin d'établir un bon diagnostic. Le parent aliénant dispose de son enfant, le manipule. Il abuse de son pouvoir et ne comprend pas que finalement cet enfant restera traumatisé toute sa vie.

Cela doit être bien compris dans les critiques du concept PAS, et admis.

L'enfant n'a pas assez de jugement pour faire la part des choses, il prend des positions extrêmes et juge inconsidérément le parent "mauvais".

La volonté de l'enfant ne doit pas influencer les actions de rapprochement . Au contraire, il faut l'amener chez l'autre parent, celui-ci trouvera le tact nécessaire pour maintenir ou renouer des relations.

Trois facteurs provoquent le rejet agressif d'un des parents par l'enfant:

1° Manipulation et programmation de l'enfant par le parent avec lequel il vit, afin de détruire l'amour de l'enfant pour l'autre parent. L'enfant prend le parti du "bon" parent à 100%, et prétend même, pour discréditer le "mauvais ", des choses qui ne se sont jamais passées.

2° L'amplification de la programmation peut finir par encourager l'aliénation parents-enfants et fixer auprès de l'enfant le syndrome de l'image du parent adversaire.

3° On trouve, après un certain temps où les visites se déroulaient normalement, toute raison pour empêcher l'enfant d'aller voir l'autre parent. Penserait-on à trouver des raisons, au fait très semblables, pour empêcher l'enfant d'aller à l'école ? Aller voir l'autre parent est une obligation, au même titre que la scolarité sinon apparaîtront chez l'enfant des phases de révolte, de désespoir ...

Parfois, pour empêcher les visites on parle même d'abus sexuels, 90% des soupçons ne se confirment pas.

A quoi reconnaît-on un enfant atteint du PAS ?

Huit manifestations principales sont révélatrices du PAS. Plus celles-ci sont nombreuses, plus elles tentent à atteindre le degré le plus fort du syndrome dans les trois formes suivantes : faible, moyen et sévère.

1° Campagne de rejet et de diffamation de l'autre parent . Tout ce qu'on a vécu de"bien"avec lui est oublié, ne subsiste que le"mauvais".

2° Rationalisations absurdes : l'enfant donne des justifications sans raison et sans valeur de sa petite expérience de vie avec le parent rejeté.

3° Absence d'ambivalence normale : en tout être, il y a du bon et du mauvais. Ici, l'enfant juge un parent "entièrement" bon et l'autre "entièrement" mauvais. Cet aspect doit éveiller l'attention de l'interrogateur.

4° Réflexe de prise de position pour le parent programmateur.
 
5° Extension des hostilités à toute la famille du parent rejeté.

6° Le phénomène de sa propre opinion. Un petit enfant donne déjà son opinion, il en a conscience et le parent aimé en est fier. Si l'on demande à l'enfant de dire la vérité, il ne parlera jamais contre le parent qui l'héberge. Il est finalement déstabilisé par cette situation forcée et fausse.

7° Absence de sentiments de culpabilité en raison de la cruauté à l'égard du parent aliéné. "Le parent rejeté est froid et insensible, il mérite donc d'être rejeté". L'enfant devient ingrat et sans scrupule, il exige toutes sortes d'avantages financiers.

8° Adoption de scénarios empruntés : L'enfant reprend à son compte des phrases ou des gestes qu'il a entendus ou vus du parent aliénant. Il ne sait pas donner d'autres explications car il n'a pas bien compris le sens de ces phrases.

L'impact de la programmation /la manipulation sur le développement de la personnalité de l'enfant atteint.

La génération d'un PAS se compare à l'abus sexuel, à l'abus émotionnel/psychique, à l'abus narcissique de l'enfant.

Il y a exercice abusif de l'autorité parentale et exploitation de la dépendance de l'enfant. Rejeter le parent aliéné et confirmer l'autorité parentale de l'aliénant est une grave maladresse. L'enfant est déboussolé, ne voit plus la réalité, dit oui en pensant non, etc..

Il ne développera pas sa propre personnalité. Son comportement affectif en souffrira, il aura du mal à admettre l'intimité et la proximité, car il craindra être à nouveau victime. Peuvent s'ensuivre des maladies psychiatriques et autres.

Ce rejet du parent initialement aimé sera plus dévastateur que la perte physique (mort). En faire son deuil n'est pas possible. A l'adolescence, le détachement naturel qui a normalement lieu, sera pénible envers le parent aimé, mais aussi envers le parent "rejeté" qui existe toujours, mais n'est plus là. L'abus psychique ou narcissique est souvent difficile à identifier car il ne se produit pas dans l'intention de faire du mal, mais est revêtu de l'apparence de l'amour.

Il faut aussi savoir discerner si la volonté de l'enfant est réelle ou si elle ne résulte pas d'une manipulation. Mais le maintien ou le rétablissement des relations avec les deux parents sera toujours favorable pour le bien-être psychique et moral de l'enfant.

Le dynamisme relationnel et l'arrière-plan psychodynamique en cas de PAS.

Au niveau des parents programmateurs, le divorce, en provoquant douleur et traumatisme, réactive d'anciennes blessures (angoisse, tristesse, danger). Le vécu peut alors comporter des actes irrationnels qui semblent sans rapport avec l'événement. La programmation d'un enfant par un parent est un acte révélateur d'une non-acceptation de cette expérience douloureuse. Il a peur de perdre aussi l'enfant. Il ne réussit pas sa nouvelle vie et manque la réorganisation des nouvelles relations familiales. Il ne voit pas sa propre responsabilité dans le conflit. Il peut aussi exister des sentiments de vengeance et une coalition étroite peut naître avec l'enfant. Celui-ci est alors fortement perturbé et les comportement des deux peut mener à une situation qui requiert une intervention psychiatrique. Une problématique des "enfants de parents psychiquement malades" devrait être sérieusement abordée. Des reproches injustifiés d'abus sexuels sur l'enfant doivent être vus sous cet angle-ci. Le parent se convainc qu'il doit protéger l'enfant contre l'autre parent. L'enfant est prisonnier et traumatisé.

Au niveau de l'enfant programmé.

Jusqu'à dix ans, l'enfant ne discerne pas bien de sa propre perception et de sa propre imagination, les histoires qui lui sont racontées. Le processus de développement de l'épreuve de réalité est durement troublé si l'enfant ne perçoit pas la différence. Il perd confiance en sa propre perception. Il est contraint d'accepter la fausse réalité émise par le parent avec lequel il vit. Par crainte de le perdre, il dit comme lui et rejette l'autre parent. Il se sent de ce fait sécurisé mais les conséquences peuvent être très destructrices après quelques années. Le réel et l'irréel se sont mélangés, et une solution thérapeutique sera difficile à obtenir.

Quelles sont les mesures psychologiques, thérapeutiques et juridiques possibles et nécessaires pour assurer la protection de la personne et la représentation des intérêts des enfants atteints du PAS?

Le PAS doit être diagnostiqué le plus tôt possible, et toutes les personnes concernées (parents, juges, services sociaux...) doivent y contribuer . Le moindre retard laissera s'installer un développement fatal, le rattrapage sera d'autant plus difficile qu'il fut commencé trop tard.

Il est important :

1° que l'enfant, pour assurer son développement optimal, ressente affection, assistance et encouragement des deux parents.

2° que les jugements et les relations entre les parents divorcés tiennent toujours compte de la nécessité pour l'enfant d'être pris en charge par les deux parents. Tout au moins sur ce point, les parents doivent s'entendre et décider en commun de l'avenir de l'enfant, ayant pour souci constant son évolution et son développement optimaux.

Aspects généraux.


Il faut informer les parents et les gens du métier du danger que court l'enfant si les points précédents ne sont pas respectés. Il faut notamment, insister auprès des parents, avec l'aide de toutes les personnes participatives, y compris leurs avocats, de l'importance à accorder à ce problème et leur faire comprendre qu'il est primordial de sauvegarder le bien-être moral et psychique de l'enfant avant de penser au règlement du conflit qui s'installe entre eux deux.

Le cas échéant, préconiser une hospitalisation, des mesures de prévention et de rééducation avec les deux parents à l'intention des enfants présentant un développement et un comportement singulier. Ces contacts auront lieu dans des établissements spécialisés ( qui ne sont pas encore organisés en Belgique). L'Allemagne adopte de plus en plus ces méthodes de rééducation. L'objectif de ces mesures est de rétablir les contacts sentimentaux parents-enfants et réorganiser des rencontres.

Il peut être éventuellement salutaire d'entreprendre un travail de prophylaxie sur les enfants et les parents. Suite à une instruction judiciaire, une intervention psychologique peut être ordonnée. Son objectif sera de rétablir les liens afin de donner priorité au bien-être de l'enfant. Les avocats aussi ont un grand rôle à jouer. Eventuellement un "accompagnateur" de procédure et de visites pourra accompagner les familles et servir d'interlocuteur. L'accompagnement devrait être prolongé autant que possible suivant les nécessités.

Aspects spécifiques.

- PAS Faible : laisser l'enfant chez le parent où il vit et accorder à l'autre parent le droit de visite ordonné, soumis à des conditions sévères contrôlées par les services judiciaires.

- PAS Moyen : laisser l'enfant chez le parent hébergeur. Nécessite éventuellement un accompagnateur psychologue lors des visites à l'autre parent avec compte-rendu pour le Tribunal si nécessaire .Des sanctions judiciaires pourraient être prises si la fréquentation obligatoire n'a pas lieu régulièrement. Des visites bien organisées et bien suivies apporteront un réconfort à l'enfant, au-delà de toute considération personnelle de responsabilité.

- PAS Sévère : l'enfant doit quitter le parent aliénant et vivre chez l'autre parent avec renversement du droit d'exercice de l'autorité parentale. Il peut être nécessaire de placer l'enfant dans un endroit tiers et d'établir petit à petit des liens entre lui et le parent aliéné où il ira finalement vivre. Le parent aliénant doit toujours voir son enfant, sous certaines réserves et suivant l'état d'avancement de son changement d'attitude. En général, ce changement de cap sera supporté sans préjudice par l'enfant. Cette solution est de beaucoup préférable à celle qui consisterait à ne pas intervenir, la situation se dégraderait de manière irrémédiable pour l'équilibre psychologique de l'enfant.

Conclusions


1) Une assistance compétente doit être instaurée dans le cas de divorces avec enfants (un système de conseil obligatoire par exemple). Les parents et l'assistance doivent coopérer dans l'intérêt des enfants, les avocats doivent aussi introduire cette vision de la situation dans leur plaidoirie.. Les gardiens de la loi doivent pouvoir dire aux parents qu'ils seront intransigeants s'ils constatent des tendances à une programmation de l'enfant. Même dans les cas difficiles, l'enfant ne peut pas perdre le contact avec les deux parents. Toute solution doit être trouvée par les pouvoirs judiciaires

2) En cas de PAS sévère, l'absence de toute rencontre marquera l'enfant toute sa vie. Une tentative de réconciliation pourra même échouer ou sera sans consistance, le contact ne s'établissant pas ou si peu. Il faut aussi penser à la souffrance du "parent aliéné", c'est une souffrance intolérable et insupportable, peut-être plus douloureuse dans le temps qu'une perte physique.

Néanmoins, il existe des revirements heureux, ils sont rares. Le bon sens s'installe, on fait table rase du passé. Cela n'empêche pas que l'enjeu des perspectives du développement de l'enfant doit être constamment la priorité de toutes les procédures de divorce ou de séparation. Ces enfants feront partie de notre société de demain. Les institutions doivent donc veiller.

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