Conférences‎ > ‎

2005 - Le SAP, concept à haut risque - Jean Yves HAYEZ

Le SAP, concept à haut risque - Jean Yves HAYEZ - Oct 2005

LE SAP, CONCEPT A HAUT RISQUE


Conférence débat du 11 octobre 2005. Facultés Universitaires FUNDP, Namur. Par le Professeur Jean-Yves HAYEZ. Résumé réalisé par Lucien DERZELLE.

Introduction du Professeur MERCIER


Le Professeur MERCIER nous annonce que Monsieur HAYEZ sera accueilli durant le second semestre à partir du 06/02/06 de 18 à 20 H. A la chaire FRANCQUI aux Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix à Namur. Cet honneur lui est dévolu en reconnaissance de ses travaux importants en matière de pédo-psychiatrie. Le Professeur MERCIER continue en nous rappelant que le Syndrome d'aliénation Parentale est un phénomène complexe, évolutif ou non. L'un des deux parents en est la cause ou même plusieurs personnes sur le(s) même(s) enfant(s), créant ainsi un phénomène social.

L'approche de cette étude peut être faite de différentes manières : il faut y considérer les points de vue psychologique, juridique (les droits de chacun), éthique (jugement, droits et devoirs, respect).

Le Syndrome d'Aliénation Parentale est un phénomène critique et pratique, il amène l'obligation d'en parler pour que le public en connaisse la teneur. Il nécessite aussi des dialogues entre parents et entre parents et enfants afin d'en connaître toutes les conséquences.

Conférence du Professeur HAYEZ





Professeur HAYEZ commence sa conférence en disant de suite que si l'enfant est désiré dans la famille , il aura sa place parmi les parents, il verra se profiler son avenir et se sentira protégé et supporté. Il sera formé par un père et une mère qui prendront chacun leur place dans son éducation avec compréhension, de leur différence et de leur sensibilité à la recherche d'un juste milieu.

Séparation des parents
Les causes en sont multiples : conflits d'humeur, conceptions de vie différentes, liberté personnelle perdue, autres attraits sexuels, découverte de défauts chez l'autre... Le défaut majeur étant de prendre l'enfant comme comparse de ces difficultés, lui faisant part des problèmes rencontrés dans la vie d'un couple tout en insinuant que c'est la faute de l'autre.

Statistiquement, plus de 50 % de séparations parviennent à épargner les enfants, chaque parent conserve une grande confiance en l'autre pour leur éducation. Une concertation continue pour leur bien, même malgré la recomposition des familles. L'enfant garde une double référence, fait éventuellement connaissance d'autres enfants de ces nouvelles familles et s'en trouve heureux.

L'hébergement alterné a ses bons côtés, ses richesses. Si à ce sujet l'entente des parents est bonne, il sera bénéfique. Toutefois, la distance à parcourir doit être raisonnable et surtout il ne faut pas être intransigeant sur la durée des hébergements. Ces circonstances exigent parfois de la compréhension. Le qualitatif doit primer sur l'ensemble et non le quantitatif qui n'amènera à la longue que des tensions de plus en plus importantes et indésirables. Toutefois, les tout petits enfants s'accommoderont difficilement de ces changements continuels, de ces « déménagements ».

La circulation des enfants peut même être difficile ou impossible sans qu'il y ait syndrome d'aliénation parentale. L'un ou l'autre parent fera état de problèmes momentanés pour ne pas envoyer l'enfant chez l'autre, il usera de divers stratagèmes (scolarité, manifestations et fêtes scolaires) diverses autres contraintes bien connues seront aussi employées. L'imagination à cet égard est très fertile. Il existe donc des causes de mésentente qui se différencient de la théorie de Gardner : il n'y a pas eu de syndrome d'aliénation parentale mais les conséquences sont aussi dramatiques car finalement il n'y a plus d'amour, l'enfant est lésé, insidieusement. Un détachement parental apparaît peu à peu.

Le parent refusé a peut-être cherché cette situation par sa vie passée dans le couple en présence des enfants où il a montré de l'arrogance, de la brutalité, une sévérité implacable, de la violence... et si le parent gardien dit du mal du parent refusé, il y a aliénation. Même si des contacts entre les enfants et le parent refusé ont fait l'objet de malédictions envers le parent gardien, il y a aussi aliénation.

Exemple :
Un père violent sera évité, une mère peu empressée dans les soins sera délaissée. Un enfant n'aimera pas d'emblée se rendre chez le parent parti fonder un autre ménage. Une mère craindra d'envoyer son enfant chez un père violent. Des accusations d'attouchements sexuels sont même parfois proférés...

Chaque cas devra être examiné indépendamment de tout autre. Il ne faut pas se référer à des cas déjà connus. Le Professeur HAYEZ parle alors de la fillette reprise à sa mère par la police belge pour être renvoyée chez son père en Amérique. Aujourd'hui, les visites de la mère en Amérique ont lieu dans des conditions difficiles, sans dialogue avec l'enfant, ni avec le père.

Liberté intérieure de l'enfant
L'enfant raconterait-il ce qu'il veut sous influence ? Il a sa liberté, sa pensée, sa volonté, son caractère. Il doit être néanmoins éduqué. C'est cette liberté qui lui permettra à un certain moment de retourner auprès du parent délaissé.

Les situations hors de la pointe de la courbe de Gauss sont traumatisantes pour tout le monde, et cela d'autant plus s'il y a kidnapping, abus sexuels ou accusations telles, souvent à tort. Si la mésentente entre parents est très forte, l'enfant considérera le camp où il se trouve comme favorable, mais changera de conversation chez l'autre parent, usant là de sa liberté intérieure.

Les solutions
Pas de déplacements forcés des enfants sauf dans les situations toxiques tel cet exemple :

Le parent gardien est perturbé, déprécie continuellement l'autre parent... alors, il faut déplacer l'enfant, le mettre peut-être un peu dans une famille d'accueil, une institution... Mais ne pas se venger de ce parent perturbé.

Pas de kidnapping d'enfants, la société ne peut admettre cela. Dans le cas cité plus haut (retour en Amérique), il y avait eu kidnapping auparavant, mais la suite punit très fort la mère actuellement.

Un maximum d'énergie doit être déployé pour embrigader juges, psychologues et médiateurs, espaces-rencontres, dans l'étude de tous ces cas d'enfants malheureusement perturbés.

Appliquer une astreinte financière au parent récalcitrant ?
La tendance de Gardner : enfant déplacé si aliénation grave ? Théorie contestée par Monsieur HAYEZ, car trop scientifique ? trop employée ? à tort et à raison... Elle influence trop ? comme une science exacte ?

D'un échange de points de vue entre les assistants et le conférencier on peut tirer les enseignements suivants :

Concernant la liberté intérieure :

1) écouter l'enfant, ce qu'il pense lui appartient
2) reconnaître et acter ses déclarations
3) parler au « conditionnel » aux plus grands.

Un juge ne peut aller chaque fois dans le sens de l'enfant. La parole de l'enfant est influencée par sa pensée. Il peut y avoir confusion entre parole et pouvoir de l'enfant, donc, le pouvoir influencerait le juge.

Un enfant veut haïr un parent pour ne pas souffrir ?.. la liberté intérieure est alimentée par d'autres et n'est pas liberté de pouvoir ! Tous ces processus préoccupent les chercheurs. Ils faut de toute façon préserver les contacts entre enfants et parents : par dialogues, par visites et échanges, par rencontres dans une salle « surveillée » (où le parent se sent alors diminué...)

Sur le syndrome d'aliénation parentale :
Le syndrome d'aliénation parentale a appris des choses aux victimes de tous les processus de destruction, mais les termes choisis ne conviennent pas toujours. Il faut continuer la recherche. Toutes les idées des différents théoriciens permettent de progresser. Les conseils de moralité s'échangent moins qu'auparavant, on attend des réponses des « Pouvoirs ». Mais, en résumé il faut toujours placer les enfants au centre, sans animosité contre chacun des parents.

Les psys doivent être clairs dans leurs rapports afin de bien faire comprendre le processus d'aliénation qu'ils ont découvert. Processus puni d'emprisonnement en Amérique mais il n'est pas bon pour l'enfant qu'un parent soit emprisonné.

Un parent aliénant influence la parole de l'enfant ? S'il y a manque d'analyse fine, on ressort le tableau de Gardner, l'auteur de la théorie du syndrome d'aliénation parentale. Souvent d'ailleurs, les deux parents sont aliénants.

La théorie de Gardner est largement adoptée mais elle n'analyse pas les causes et préconise des punitions trop importantes qui, indirectement, lèsent l'enfant. Pourquoi pas les peines d'intérêt général ? (sauf pour les kidnappings où les jugements doivent être plus sévères).

Pour les parents :
Les deux parents doivent être plus conciliants pour organiser les hébergements chez eux. Cela éviterait la désorganisation des valeurs morales chez l'enfant vis-à-vis de la loi, en effet, bien souvent aucune sanction n'est prise dans les cas de non-suite dans les conventions. « Donc, on peut choisir et décider soi-même ? ». Le poison de notre société, c'est la non-obligation des résultats.
Comments