LE MODELE DE COCHEM
Conférence assurée par U. KODJOE aux FUNDP à NAMUR le 5 juin 2009. Résumé réalisé par Lucien Derzelle.


Règles anciennes : système parents « adversaires »
Au début des années 90, beaucoup de pères exprimèrent à Mme KODJOE leurs douleurs, l'injustice à leur égard. Elle avait auparavant établi un rapport sur leur situation après le divorce. Ces problèmes n'étaient pas résolus par la justice allemande, la justice belge est d'ailleurs très semblable à l'allemande : Le système devait être changé.

Toute recherche de solution est basée sur les situations d'adversaires des parents séparés. L'enfant n'est pas considéré et souffre de cette mésentente qu'il ressent présente en grande partie à cause de lui.

En effet, que se passe-t-il ? Dès l'abord, un juge de paix tente de réconcilier...il échoue très souvent. Un juge de 1ère instance prend le dossier, appelle un juge de la jeunesse pour le problème des enfants. Ceux-ci passent chez un psychologue, les institutions de la jeunesse les prennent en charge. En général, on ne ressent aucune évolution positive car la résolution de certains aspects négatifs en a créé d'autres...

Beaucoup de temps s'écoule, l'enfant grandit, les avocats défendent chacun leur client, une atmosphère d'adversaires s'est installée et est entretenue. L'enfant ne veut perdre aucun parent... On en reste là... Les services sont surchargés. Les juges et avocats ne sont pas formés pour faire face à ces problèmes. Il faut adopter des lois de la famille. Il faut pacifier les relations avec l'aide des avocats, des juges et des services sociaux, il s'agit avant tout de l'intérêt de l'enfant.

Règles nouvelles : elles sont orientées selon les besoins de l'enfant
La nécessite de changer les procédures a créé « l'expérience de Cochem » voici environ 8 ans. Les résultats sont probants. La loi allemande accepte son application. Il s'agit, dans la procédure, de prendre ces directions :

chaque parent a les mêmes droits et les mêmes devoirs, l'enfant aussi a des devoirs. Les intervenants professionnels doivent coopérer et aider les parents dans leur tâche éducative.

Juge, avocat et psychologue sont les 3 professions intervenantes. Des formations ont lieu séparément, dans l'optique de faire comprendre le travail de l'autre. Chacun des trois a sa réaction professionnelle, mais il faut une compréhension commune et un respect du mode de pensée de l'autre.

Ces divorces sont toujours difficiles à vivre à tout point de vue : matériel, sentimental, abandon, solitude... conflits, sentiments rageurs, familles élargies influençantes. Un long conflit rend l'enfant malade psychologiquement, même un bébé ressent la mauvaise ambiance, son comportement devient difficile et nerveux. La préoccupation de chacun des parents crée une mauvaise qualité de l'éducation des enfants.
Tout le monde souffre.

Par contre, on constate que les enfants dont les parents s'entendent à leur sujet, sont contents, rassurés, sereins même.

L'avocat, première personne contactée, ne considèrera plus cette mésentente comme un match qu'il faut gagner. Il réfléchira, discutera avec le client, guidera, parlera de l'enfant, insistera sur le rôle du parent.

La première audition chez le juge aura lieu dans les quatre semaines. L'enfant, les parents auront parlé avec un psy, lequel restera dans la même ligne de logique que l'avocat. Les parents décideront de l'avenir proche de leur enfant. Le juge parle avec le psy du projet des parents, parle avec chacun de ceux-ci, les avocats ne disent rien, assistent.

En cas de difficulté à cette audience, le juge incite à trouver une solution dans un respect mutuel, il aborde l'aspect juridique, reparle de l'avenir de l'enfant... Si un processus est décidé et qu'un parent le sabote par après, le juge sera averti et interviendra rapidement.

Une deuxième audition a lieu dans les 3 mois, la date aura été fixée à la 1ère audition. Une évaluation est établie. Les parents doivent être aidés, suivis. Ils pensaient se quitter définitivement mais les enfants sont là et nécessitent encore une entente entre les parents, ne fut-ce que celle-là.

Chacune des 3 professions intervenantes devra changer sa mentalité et apportera sa nouvelle expérience, dans le respect des autres et des parents qui veulent parler. Tous forment une équipe qui n'a qu'un seul but : rétablir un climat de confiance pour l'enfant et prendre les bonnes décisions, afin que celui-ci ne devienne pas une victime.

Teneur des questions et réponses
En cas de mésentente entre parents, le juge intervient et si l'entente est impossible, le conflit sera exposé à la Cour. L'un des parents ne serait plus éducateur, mais il faut chercher une solution.

Certains juges ont compris l'expérience de Cochem, d'autres pas, trop habitués à leur pouvoir de décision.

La garde alternée est souvent voulue par les parents, le juge ne décide pas. Mais des circonstances pratiques ne permettent pas toujours cette volonté des parents (grandes distances, et autres raisons...)

Un avocat pourrait faire durer la procédure ? ce n'est pas général, mais le juge insistera pour trouver une solution.

Si un accord n'est pas suivi, une comparution a lieu dans les quatre semaines et le juge insiste sur la responsabilité des parents. Il faut l'entente pour empêcher que ne s'installe le Syndrome d'aliénation parentale..

Un juge craint de retirer un enfant à sa mère pour le placer.

En cas d'accusation de pédophilie à l'égard du père pour retirer la garde par exemple, c'est dangereux pour l'accusé, mais une enquête sévère est ouverte de suite. Il ne faut pas traîner. Les mères n'emploient plus ce moyen, mais arguent plutôt la violence.

Le juge tient un rôle important dans la procédure, il est craint car il conserve une aura d'autorité. Mais, dans un conflit, l'avocat envoie d'abord son client chez un psy et parfois un arrangement s ‘organise ; même le nombre de divorces peut diminuer, surtout avec des thérapies de couples.

A noter que les anciennes affaires résistent le plus souvent à cette nouvelle procédure

Les services sociaux sont informés par des notes, des documents que leur envoient les initiateurs de la réforme.

Les grand-parents doivent remplir le même rôle d'éducation que les parents, ils ont droit aux relations avec les enfants.

Le coût de la procédure est moins élevé car les frais sont moindres.

Conclusion
Ce modèle commence à être connu en Allemagne surtout et dans les pays voisins. Des formations des professionnels pourraient y être organisées. Des enseignements sur les rôles du père, de la mère, sont souhaitables, nécessaires même. La vie en couple s'apprend aussi, l'expérience existe chez les aînés, elle doit aider la connaissance.

En Allemagne, la procédure appelée « Expérience de Cochem » sera légalisée dès septembre.
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