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2008 - L'enfance muselée - Catherine Bonnet


L'enfance muselée... l'enfant cassé...

Conférence débat du 1er AVRIL 2008 à la Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix, Namur. Par Catherine BONNET, médecin, psychiatre d'enfants. Résumé par Lucien DERZELLE.


Madame BONNET se présente tout d'abord : médecin, elle a suivi des cours de psychiatrie et s'est installée comme telle. Un voyage à l'étranger l'a confortée dans la nécessité d'étudier et de soigner, surtout psychologiquement, les enfants maltraités. Elle suivit alors quelques cas « impossibles », mais sans résultat. Elle comprit alors que l'écoute était très importante et décidé d'apporter plus d'humanité dans ses entretiens avec les victimes.

Dans les années 1980, on ne tenait pas compte de ce qui arrivait aux enfants maltraités, mais une loi sur l'enfance maltraitée fut promulguée dans les années 1990. En 1998, on critiqua, parfois durement, les professionnels de la maltraitance. On se demandait si la parole de l'enfant pouvait être considérée. Madame BONNET n'en tenait pas entièrement compte, mais examinait attentivement l'enfant suspecté : déceler les symptômes : souffrance, paroles (histoire de l'enfant), actes, leurs fréquences, à quel moment de la journée.

Il ne s'agit pas toujours de maltraitances sexuelles. L'enfant parle à un confident, il a dévoilé un secret lourd à porter et ne dit rien à d'autres. Il évite le lieu qui lui rappelle tous les gestes et paroles qu'il a subis, mais s'il y passe, il parlera à ce moment. La musique qu'il a entendu éventuellement pendant les sévices provoquera toujours un déclenchement de souvenirs, de paroles, voire de pleurs. L'examen de l'enfant est primordial, il faut du tact dans les questions qu'on lui pose : « Quelle est son attitude avec un tel, une telle, quels sont les sujets de conversation ? A quel jeu joue-t-il de préférence ?.. ». L'enfant prend peur devant des adultes, il faut le mettre à l'aise avec des jeux pendant l'examen, prendre le temps. Mis en confiance, il commence à raconter. Un médecin psychiatre ? Qu'est-ce... Quelle sera sa façon d'aborder le problème ? Mis en confiance, il commence à raconter.

Voici un exemple de rencontre néfaste : L'agresseur a fait peur à l'enfant, soit de suite, soit après des paroles de douceur. Celui-ci en reste sidéré, toujours sur ses gardes, des cauchemars le réveillent en sursaut, des événements lui rappellent l'agression. Il a eu peur et en même temps, l'agresseur lui parle de plaisir... ! Pour l'enfant, que penser !... du contact de nombreux cas, les professionnels soignants ont acquis beaucoup d'expérience.

Cela s'est retourné contre eux, ils durent souvent subir des attaques orchestrées, ils devenaient trop perspicaces aux yeux de certains...

L'affaire DUTROUX a provoqué l'anxiété chez les parents, ils ont consulté des médecins psychiatres, avaient leur attention toujours attirée sur des faits et gestes pourtant insignifiants. On craignait l'inceste, le nombre de divorces, à tort ou à raison, s'accroît.

En 1995-96, des enfants furent agressés et filmés. Même en cas de bonne psychothérapie dans ces cas, s'il y a toujours agression, aucun résultat positif ne sera perçu. Il faut donc protéger l'enfant.

Mais que dit celui-ci. « La police c'est des méchants » ! Des collègues furent formés pour les aider, mais la loi française n'est pas claire : il n'y a aucune obligation de signaler une agression dont on est témoin (au contraire de ce qu'édicte le Canada). Des choses suspectes signalées trop tôt ont fait de suite réagir des avocats : « de quel droit fait-elle cela ? » (il s'agissait de Madame BONNET). La presse lui a reproché nombre de fausses allégations (31 à 70 %), les médecins ont cru ces articles et elle fut condamnée pour faux. Aucune étude statistique ne pouvait la défendre... Depuis, des études ont été élaborées, on est arrivé à 5 % seulement de fausses allégations et lorsqu'on admet qu'une fausse allégation présente quand même quelque doute, il faut reconnaître le grand professionnalisme des intervenants actuels.

Aux Etats Unis un article de revue interprétait certains mots que comportaient des allégations mais une association de pères attaqua la revue... l'interprétation changea. Le Syndrome d'Aliénation Parentale fut aussi attaqué (on y aurait découvert des suggestions à la pédophilie). Tout ceci entr'autre relève bien du degré de méfiance dont il faut faire état lors de diverses analyses de théories pourtant avérées.

Les statistiques personnelles de Madame BONNET indiquent que 20 % des consultations d'enfants sont véridiques.

Des tentatives de suicide eurent lieu après des agressions sexuelles, on apprit cela plus tard. Deux pédiatres anglais furent radiés car ils avaient mis au point un moyen de savoir que la mère voulait étouffer son enfant.

Le mensonge chez l'enfant était reconnu fin 19e siècle par Ambroise PARDIEU, celui-ci défendait les vérités que disaient les enfants. Cela fut révélé par les américains seulement en 1950.

Tout cet exposé montre à profusion la difficulté d'interprétation de tout événement raconté, mais le pire est la connaissance de faits graves par certains, non dévoilés soit parce qu'ils en sont l'auteur, soit par souci de protection de tiers. La dissimulation, le rejet de la vérité auront détruit l'enfant.

Questions/Réponses

Est-ce logique de ne pas être obligé de signaler un fait grave ?
R. En 2003, on a pris appui sur l'ONU, ça va mieux, sauf en Angleterre. Les lois évoluent, le comportement des enquêteurs aussi (un froncement de sourcils fait peur à l'enfant).

Y a-t-il encore des dénis ?
R. Pour un cas, la conférencière a été poursuivie car elle a créé un dossier un samedi, même si un Procureur l'avait conseillée en ce sens.

Un enfant parle. Vérités ou mensonges ? Cet enfant est cohérent. Que faire ?
R Lire le livre « L'enfance muselée.. » 2 % de dévoilements sont non fondés. Il faut dialoguer avec l'enfant, comprendre sa souffrance. Observer l'enfant en pédiatrie et non en psychiatrie est parfois nécessaire. Ces rapports sont souvent édifiants. Annoncer à un enfant qu'il doit aller devant le juge provoque diverses réactions : des pleurs ou une syncope ou encore des rétractations fausses. Aux Etats Unis on dénigre beaucoup les victimes et ceux qui s'en occupent. Lorsque les enfants ne sont plus agressés, la thérapie est efficace surtout chez les petits.

Si l'on arrête un innocent, c'est quand même grave.
R. Une loi de 1998 (en France) permet d'auditionner un enfant, mais ce n'est pas suivi, ni même réalisé. Il faut mettre sur pied un travail pluridisciplinaire.

On dit qu'un petit enfant ne ment pas ...
R. La tendance à mentir augmente avec l'âge. Les adultes ont peur de se tromper et ne font pas toujours de signalement des événements aux autorités.

La conférencière :
En Angleterre, l'enfant est séparé des poursuites. Un service s'occupe de l'enfant et collabore avec la police. Ils sont plus pragmatiques L'enfant ne peut se sentir abandonné, même s'il fabule. Ses paroles séparent parfois les conclusions de professionnels. Mais il ne faut jamais laisser le judiciaire de côté.

De la salle :
La victime aime voir l'agresseur puni. Il faut aider l'enfant et faire ressortir la culpabilité de l'agresseur. Pourquoi en France, des professionnels sont punis ?

Nos professionnels sont mal formés. Comment éloigner un enfant du manipulateur et faut-il le faire. La garde alternée n'est pas bonne, les enfants sont « obligés » d'aller chez l'autre parent qui est peut-être un abuseur...
R. Un enfant ne détruit pas la famille, à l'encontre de ce qu'on entend parfois. Il faut avoir approché les enfants qui souffrent pour comprendre ce qu'ils veulent. Il faut s'être trouvé devant un conseil de l'ordre sensibilisé par trois pères pleurant car ils ne voient plus leurs enfants, manipulés par leur mère ?...

Ils les ont donc revus mais les enfants ne vont pas bien (voir le livre). En France, l'affaire d'Outreau, des professionnels à tort devant les tribunaux, les livres parus... tout cela empêche actuellement des actions positives.

Les gens violents doivent-ils être pris en charge ?
R. Oui, en Angleterre, ils le sont

En Belgique, un présumé coupable, ou même coupable pourra-t-il être suivi avec succès pour changer son comportement ?
R. Je ne connais pas de suivi. En France, c'est à l'âge de 15 ans que c'est possible, mais les parents interviennent et parlent d'agression sur leur fils... Cet âge de 14-15-16 ans est très difficile à vivre.
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