GARDE RESIDENTIELLE ET INTERET DE L'ENFANT
Résumé de la conférence du 24 avril 2006 assurée par Hubert VAN GIJSEGHEM, PROFESSEUR A L'UNIVERSITE DE MONTREAL. Résumé réalisé par Lucien DERZELLE.


Monsieur VAN GIJSEGHEM nous rappelle les titres de ses conférences précédentes, elles eurent lieu en 2002 et 2004 et nous instruisaient sur la théorie de « l'aliénation parentale » développée par GARDNER.

Cette conférence-ci a pour titre : « GARDE RESIDENTIELLE ET INTERET DE L'ENFANT ». Il est vrai que ce titre nécessite nombre de réflexions car on peut constater actuellement un dérapage du système en ce qui concerne l'application des jugements concernant la garde, ou encore le peu d'attention apportée au bien-être et autres aspirations de l'enfant.







Cette conférence est structurée en six points :

1) Intérêt de l'enfant : santé, développement.
2) Séparation des parents - pas d'entente - controverses.
3) Réflexions du 20e siècle.
4) Action et importance des groupes de pression.
5) La « recherche » sur ces problèmes.
6) Dérapage du système judiciaire.

Dans cet exposé on se basera sur un comportement de parents suffisamment bons, créateurs d'un esprit de conparentalité normale (mais rien n'est parfait).

Nous sommes issus de parents de souches distinctes, non consanguines. 

L'enfant est le produit de deux personnes différentes. Il est unique dans son caractère et sa personnalité, il est « lui-même » dans son existence, sa santé, et se développera dans son milieu familial, attentif à ce qu'il découvrira, entendra et acquerra de la façon de vivre de ses parents. La vie de la famille sera organisée dans son intérêt dans la grande majorité des cas.

Mais, un risque de consanguinité psychologique existe. L'un des parents (ou les deux chacun de leur côté) agit dans l'espoir que l'enfant sera le miroir de leur comportement, de son caractère, de son activité. Cela est plus marquant dans les familles séparées.

Intérêt de l'enfant après une séparation :

- 1er objectif : comment faire pour que l'enfant garde ses deux parents, en jouisse encore, sans consanguinité psychologique. Ne pas prétexter une différence de caractère entre les deux parents pour en éloigner un et l'empêcher de voir son enfant.

Une définition simple de l'aliénation parentale est la situation provoquée où un enfant souffre, il est atteint d'une aliénation injustifiée par un parent même « bon ».

Ce qui s'avère urgent au contraire est de considérer la vie de l'enfant. S'il rejette un parent, il rejette la moitié de lui-même (qui suis-je ? d'où viens-je ? où vais-je ?). Sa vie sera gâchée. Ce doit être une préoccupation majeure des adultes d'éviter que l'enfant soit victime de ce manque de compréhension.

La loi belge prône la garde résidentielle alternée. Egalité ? Peut-être, dans certains cas, apparaitra-t-elle comme telle, mais ne sera pas bien reçue par d'autres. La maman voudra garder l'enfant malgré la demande du père, ou vice-versa. Le risque de litiges entre parents pourrait s'accroître. De plus une application subite de cette loi dans certains dossiers, pourrait, apporter une réaction négative chez l'enfant : colère, problèmes, comportement réactionnel. En son for intérieur, il désire une solution plus radicale : retrouver ses parents dans une union renouvelée, il en rêve, ne l'espère plus... quoique.. .

Réflexions du 20ème siècle :

La mère et l'enfant nourrissent entre eux un lien privilégié. Elle aime, nourrit, protège. La perception biologique est naturelle. Les centres psychologiques et psychanalytiques le savent et le disent. Pour FREUD, les premières années de l'enfant passées auprès de sa mère le marquent pour la vie. Avant 2 1/2 ans, le père est un intrus, sa mère seule compte pour lui. Il emploie ses moyens : l'oralité, il veut garder sa maman par des manifestations buccales, ses baisers à lui, l'analité ; il contrôle par là les interventions de sa maman pour le soigner ; l'olfaction, les odeurs provoquent attraits et étreintes.

Vers 1930, SPITZ, dont les travaux ont signalé l'importance des échanges émotionnels dans la première enfance, souligne que l'enfant installe une permanence de l'objet, en l'occurrence sa mère. Il doit acquérir cette faculté avant l'âge de 18 mois, sinon son développement est manqué. Une mère au foyer est l'idéal, sa disponibilité est totale. Le père pourvoyait aux besoins de la famille, il se sentait présent pour ce rôle.

Mais voilà que petit à petit, les mères ont travaillé, ont placé leurs enfants à la crèche. On croit néanmoins que la capacité de l'enfant de s'attacher à un « objet » existe encore de manière suffisante. Paradoxalement, souvent, la mère obtient la garde exclusive, mais place son enfant en crèche. « Il est vrai que les besoins matériels existeront toujours» (n.d.l.r.)

Groupes de pressions : Certains ont prôné l'égalité des sexes.

Les rôles se mélangent dans le ménage, les femmes entrent dans le circuit économique. Cette situation semble néanmoins régresser. Le combat pour cette égalité faiblit apparemment et nait une nouvelle philosophie : l'intérêt de l'enfant. Des experts cherchaient les capacités de chaque parent pour octroyer la garde. Fille vers maman ? Fils vers papa ? Ces points de vue n'ont pas duré. Etrangement des groupes féministes ne prônaient pas une égalité totale dans tous ces problèmes de garde lors de séparations de parents. D'autres groupes ont perçu des abus possibles de l'application de la garde partagée, surtout en bas âge.

Les groupes de pression des pères ont aussi leur dérapage. Les théories en général trop arrêtées de certains groupes doivent être sérieusement examinées car, souvent, trop partiales.

La Recherche :

Des éléments idéologiques viennent perturber toute recherche. On nie l'aliénation parentale, on est catalogué. Les théories s'écartent, car basées sur l'antipathie que se vouent entre eux des chercheurs. Certains disent que si l'enfant rejette un parent, c'est que celui-ci est mauvais.

En 2002, BAUSERMAN étudie où l'enfant préserve le mieux son identité. Dans une famille intacte ou chez un parent ou sous garde alternée, il examine son comportement, son estime de soi, son adaptation générale et dans la famille. Il semble que la garde alternée soit favorable pour son adaptation générale, mais est la cause que ce groupe d'enfants se démarque un tant soit peu des deux autres groupes (dans une famille intacte ou chez un parent).

En Suède, LAMB, en 1983, en arrive aux mêmes conclusions pour les jeunes enfants. Ceux-ci sont toutefois mieux avec leur mère jusqu'à l'âge de 2 ans.

En 1991, MC KINNEN et WALLERSTEIN trouvent que les enfants de là 3 ans sont mieux en garde partagée que ceux de 3 à 5 ans. Il y a donc contradiction. Des études sur la garde partagée ne vont pas toujours dans le même sens, mais celle-ci pourrait freiner l'extension de l'aliénation parentale.

Dérapage du judiciaire :

Les trop longs délais pour les prises de décision concernant la garde des enfants ou les droits de visite sont néfastes au développement psychique de l'enfant. Il a un père, une mère et les deux lui sont nécessaires. Il ne peut perdre le contact avec l'un des deux.

Le développement d'un enfant est rapide, on ne peut remettre à plus tard impunément ce qui lui est nécessaire sur l'heure. Des remises d'audience continuelles favoriseront des accusations abusives d'un des parents envers l'autre.

La séparation se durcira et amènera de plus en plus de problèmes retardateurs. L'enfant ne recueillera plus que les morceaux de vie remplis de questions et finalement de rancoeur, voire de haine. A l'âge de 10-11 ans, il est trop tard pour reconstituer la sérénité et l'amour envers ses deux parents.

Des experts sont engagés, le processus d'instruction s'allonge car il faut observer les comportements. Une expertise rapide mais sérieuse alimente le dossier dans les délais raisonnables. Atteindre une vérité pure avant de juger est un idéal inaccessible. L'enfant souffrira plus de cette longue attente dans le désespoir que d'une séparation brutale sans issue (il la comprend ainsi) mais qui, tout-à-coup lui rapportera la joie des retrouvailles avec le parent provisoirement délaissé. Les mois sont longs et il a attendu... Pour lui, il faut écourter cette attente. Le processus judiciaire est lent. Des situations pourrissent. L'enfant adolescent qui n'a plus vu un parent dans son enfance coupera toute relation et ne sera plus favorable à une rencontre. Il présentera même un comportement difficile avec le parent aimé et ne sera plus content.

Conclusion

Un enfant devra toujours rester en contact avec chacun de ses parents, considérés ici comme suffisamment bons, même si l'un d'eux a quelque peu failli à son devoir.

Questions et réponses

1. Q. Pourquoi le monde judiciaire n'accepte-t-il pas facilement le rôle des deux parents ?
R. C'est un héritage, la mère est considérée indispensable pour l'enfant. Le père s'en tenait éloigné. L'enseignement de l'Histoire nous place devant ces vues.

2. Q. Un enfant pourrait-t-il vivre dans deux pays différents par périodes d'un an ?
R. Oui, c'est bien pour son développement, il pourra s'en accommoder et ce lui sera bénéfique. Des parents dans ce cas, cherchent souvent des solutions dans son intérêt.

3. Q. Les enfants aliénés peuvent-ils avoir des problèmes psychologiques ?
R. Oui, ils peut rester des séquelles, il devra se fortifier lui-même pour vivre. Des gens s'en sortent.

4. Q. La garde partagée conserve-t-elle le souci de l'intérêt de l'enfant ?
R . Cette garde est comprise par les juges et appliquée pour se rattraper de l'abandon des pères dans le jugement

5. Q. La garde alternée n'est pas toujours respectée, mais il existe parfois une entente entre les parents.
R. Je ne plaide pas pour la garde alternée sauf si le gardien ne veut pas donner l'enfant à l'autre. Elle s'impose quand un parent est aliéné ou est différencié par l'autre. Il faut se méfier d'automatisme dans les jugements : la garde alternée deviendrait une solution générale.

6. Q. Que faire pour qu'un enfant de 12 ans en sorte ?
R. Le juge doit ordonner qu'il voie l'autre parent. Attention aux longues procédures ! Des cas demandent des changements radicaux de garde. L'âge critique est l'entrée en adolescence. Les placements d'adolescents ne donnent pas de bons résultats. Nous n'avons pas d'études sérieuses à ce sujet mais ce sont des constatations pratiques.

Un mot sur l'expertise :

Elle ne peut être un processus (étude du comportement, période d'observation), cela est trop long, mais doit être un cliché, souvent très objectif et amenant une décision rapide sur la situation présente.

L'expertise est la grosse pierre d'achoppement : clinique, elle est trop superficielle. Approfondie, oui évidemment, mais suivie pour ne pas perdre un temps précieux, surtout pour l'enfant.
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